Méthode
pour la direction des âmes dans le tribunal de la pénitence,
et pour le bon gouvernement des paroisses. 1783 Tome 2
par un prêtre du diocèse de Besançon
/Pochard, Joseph (1725-1786) ed: Lépagnez l'aîné (Besançon)
De la Vigilance sur les Ecoles, sur les
Maîtres & Maîtresses p 321
Nous avons déjà dit dans
les avis à donner pour la saison de l'hiver, combien les Ecoles
étoient nécessaires pour l'instruction & la bonne éducation
de la jeunesse; nous y avons aussi remarqué combien les soins particuliers
que le Pasteur prenoit des Ecoles, les rendoit plus utiles ; mais nous
devons encore ici insister sur la nécessité d'avoir deux
Ecoles, & de ne pas réunir dans la même les petits garçons
avec les petites filles. Combien de suites fâcheuses peuvent naître
de cette réunion ? Ces enfans .des deux sexes seroient fort exposés
à se scandaliser les uns les autres, à prendre de criminelles
libertés, à commencer & à former certaines amitiés,
certaines attaches, qui, dans la suite, les conduiraient au désordre.
Il ne convient d'ailleurs point à une fille de former les garçons,
encore moins à un homme ou à un garçon de former
les jeunes filles. Aussi les Statuts de notre Diocèse de Besancon,
défendent au Maître de recevoir les petites filles dans son
Ecole : semblable défense à la Maîtresse de recevoir
les garçons. Plusieurs grands Prélats de France ont fait
la même défense.
Ordinairement on préfère un homme marié à
un garçon, pour en faire un Maître d'Ecole : un garçon
peut se déranger plus facilement ; &, quand il voudra se marier,
il sera fort exposé à donner du chagrin à son Curé,
& peut-être du scandale à la Paroisse.
Le Maître d'Ecole doit être un homme doux, humble, retiré,
assidu à son Ecole, zélé pour l'instruction de la
jeunesse, sachant se faire obéir sans emportement, sans proférer
ni jurement, ni malédiction, ni paroles injurieuses ; il ne doit
être sujet ni au vin ni aux paroles qui blessent la pudeur ; il
doit être bien instruit de la Religion & de ses devoirs, aimant
la priere, & fréquentant les Sacremens. Pour ce qui est de
la Confessîon, le Pasteur ne gênera ni le Maître, ni
la Maîtresse d'Ecole, pour les engager à venir se confesser
à lui; il n'est pas même à propos qu'ils viennent
trop souvent à la Cure. Si vous donnez trop de confiance à
un Maître d'Ecole, si vous en faites votre compagnon de voyage,
si vous l'initiez au gouvernement de la Paroisse, si vous lui ouvrez votre
cœur, si vous lui confiez des secrets., si vous en recevez souvent
ou facilement des services, vous connoîtrez, mais trop tard, votre
méprise; il se croira une homme important & nécessaire
; il racontera indiscrètement ce qu'il aura vu ou entendu chez
vous, &c.
La Maîtresse d'École doit être une fille humble sans
affectation, pieuse sans bigoterie; laborieuse, soumise, parlant peu,
.ne donnant des avis qu'à ses éleves & aux jeunes filles
; &, dans ses avis, qu'il n'y ait ni,aigreur, ni hauteur ; qu'elle
n'aime point à courir de maison en maison ; qu'elle soit éloignée
de toute fréquentation, ennemie des nouvelles & des rapports;
qu'elle ait du zele pour l'instruction des filles ; qu'elle travaille
à les former à une piété solide, non d'affectation
& de grimaces : elle n'ira que rarement à la Cure ; le Pasteur
ne lui donnera pas trop de confiance; :-il n'en recevra point ou peu de
services : s'il manquoit à ces règles de prudence, la Paroisse
n'en seroit pas édifiée ; la Maîtresse parleroit indiscrètement
de ce qu'elle a appris à la Cure; peut-être même se
formeroit-il entre eux un attachement trop humain. Pour la même
raison, le Pasteur n'entrera chez elle, que lorsque les enfans y seront,
pour visiter son Ecole, & il ne lui permettra pas de l'accompagner
quand il sortira; ses Confessions, sur-tout si elle les fait à
son Curé, doivent être courtes; si elles étoient longues,
outre le danger qui pourroit en naître pour l'un & pour l'autre
plusieurs penseroient qu'elle raconte à M. le Curé tout
ce qui se passe dans la Paroisse ; si elle avoit quelque chose à
dire sur ce sujet, ce ne devroit jamais être dans la Confessîon.
Après toutes ces réflexions préliminaires, nous devons
tracer ici une espece de réglement., que doivent observer le Maître
& la Maîtresse d'Ecole, pour remplir utilement leurs charges.
Le Pasteur fera bien de le leur donner par écrit; ils en profiteront,
au moins en quelque chose ; &, en le leur remettant, il aura occasion
de leur donner quelques salutaires avis.
Règlement pour le Maître d'Ecole p 325...
Le Maître d'Ecole exerce un emploi
bien important; s'il s'applique à le remplir, & qu'il y réussisse,
que de biens ne procure-t-il pas dans la bonne éducation qu'il
donne à la jeunesse ? Quel malheur, s'il négligeoit ses
devoirs ! Et, s'il scandalisoit les enfans dont il est chargé,
quel redoutable compte en rendroit-il au Tribunal de Jesus-Christ? Ses
devoirs se rapportent à ces quatre Chefs.
1° Que doit-il à l'Eglise
?
2 ° que doit-il à M. le Curé?
3° que doit-il à ses Ecoliers & à la Paroisse ?
4° que se doit-il à soi-méme ?
1° La propreté de l'Eglise
et l'arrangement de la Sacristie, sont confiés à ses soins
; il les fera balayer, en ôter les araignées, changer les
nappes d'Autel ; il entretiendra la lampe allumée à l'Eglise
; il conservera en bon état ce qui est à la Sacrisiie ;
il pliera proprement les ornemens, sans les froisser, ou il les placera
décemment dans des buffets ou tiroirs ; il ouvrira & fermera
les portes de l'Eglise aux heures convenables.
Il gardera le silence à l'Eglise, tant par respect pour le lieu
saint, que pour apprendre, par son exemple, aux enfans, à ne jamais
parler à l'Eglise, sans nécessité; s'il est quelquefois
obligé d'y parler, ce sera sans colère, à basse voix
& en peu de mots : il contiendra ses yeux dans la modestie.
Il évitera l'affecattion & la vanité en chantant ; il
se fera un devoir & un sujet de consolation d'enseigner le plain-chant
aux enfans ; il leur fera remarquer qu'il est beau, qu'il est agréable
à Dieu de chanter ses louanges sur la terre ; les Anges & les
Saints le font dans le Ciel, & nous le ferons avec eux pendant l'éternité.
Pendant les Offices, il portera de temps en temps les yeux sur les enfans,,pour
les contenir dans la modestie : si quelques-uns y badinoient, il ne les
frapperoit pas à l'Eglise ; cela pourroit causer du trouble : mais
il pourra les corriger à l'Ecole, si la faute le mérite
; il leur recommandera souvent la modestie dans le lieu saint.
2° Il n'entrera pas dans une Paroisse,
sans le consentement de M. le Curé ; il se présentera à
lui avec les témoignages de Messieurs les Curés, chez qui
il auroit déjà exercé ses fonctions ; il lui fera
voir l'approbation qu'il a reçue de M. le Vicaire général
; &:, si M. le Curé agrée ses services, il parlera aux
habitans, pour prendre avec eux des arrangemens convenables.
Avant que de commencer l'enseignement dans son Ecole, il prendra les avis
de M. le Curé, pour s'y bien conduire, & de temps en temps
il lui rendra compte des enfans qu'il conduit; il le priera même
de l'avenir de son devoir, & des négligences, dans lesquelles
il tomberoit ; il recevra, avec humilité & soumission, ce que
M. le Curé aura la bonté de lui dire ; c'est le moyen de
vivre dans la paix, & de bien remplir son devoir : il priera M. le
Curé de voir les livres des enfans qu'il enseigne, afin de leur
ôter ceux qui ne seraient pas bons.
Il ne se mêlera point des affaires de la Communauté, si ce
n'est peut-être pour écrire; s'il faisoit naître des
difficultés & des contestations dans la Communauté,
s'il engageoit quelques particuliers à commencer des procès
contre d'autres particuliers, ou contre la Communauté, ou la Communauté
à en faire à quelqu'un, il auroit lieu de s'en repentir
; il n'est point Maître d'Ecole pour cela, mais .seulement pour
servir M. le Curé dans ses fonctions, & pour enseigner la jeunesse;
s'il se borne à ce qui est de son état & de son devoir,
il sera aimé & respecté ; mais, s'il prenoit un certain
ton d'importance, s'il faisoit le Dodeur & le Maître de la Communauté,
il se feroit haïr & mépriser, & deviendroit peut-être
la cause de beaucoup de péchés.
Il respectera M. le Curé : il lui doit ce respect pour ses qualités
de Prêtre & de Pasteur; il le doit à l'édification
de ses Ecoliers, pour leur apprendre, par son exemple, le respect qu'ils
lui doivent : il l'aidera dans l'administration des Sacremens, & prendra
garde que rien ne manque pour cela, soit à l'Eglise, soit chez
les malades. Il ne s'absentera pas facilement de la Paroisse, soit parce
que M. le Curé peut avoir besoin de lui, soit parce que son Ecole
seroit négligée. Dans le cas où il croiroit pouvoir
sortir, il en demandera la permission à M. le Curé.
3° Le Maître d'Ecole commencera
& finira sa Classe par la Priere. Chaque enfant, en arrivant en Classe,
se mettra à genoux, pour offrir à Dieu son étude.
Le matin, sî-tôt que tous seront assemblés, le Maître
sera faire la Prière du matin : on y gardera les pauses entre chaque
Acte. Il leur recommandera de penser à ce qu'ils disent, afin de
les accoutumer à prier d'esprit & de cœur, pendant que
la langue prononce les mots de la Priere. Il y aura dans la Classe un
Crucifix, une image de la Sainte Vierge, & une de Saint Nicolas. Il
aura soin que tous sachent les Prières du matin & du soir ;
il les fera réciter à chacun, pour savoir si quelqu'un les
ignore. On finira la Classe du matin par l'Antienne Sub tuum Præsidium,
&c. ou par le Pater & l'Ave; & celle du soir, par la Prière
du soir.
Il fera le Catéchisme le mardi & le samedi, & même
plus souvent, si les enfans ne viennent que quelques mois à l'Ecole
; il est nécessaire qu'ils sachent lire, mais il l'est encore plus
qu'ils sachent le Catéchisme. Le samedi il fera réciter
l'endroit que M. le Curé devra expliquer le Dimanche à l'Eglise
: les enfans se rendront encore chez lui le Dimanche, une demi-heure avant
le Catéchisme, pour prévoir & répéter
ce qu'on doit y expliquer : de-là, ils se rendront à l'Eglise..
Il leur fera entendre la Meisse tous les jours ; il veillera sur eux,
pour qu'ils l'entendent avec piété & modestie ; il les
obligera à tenir leur livre de piété, pour prier
plus attentivement, & s'entretenir avec Dieu, ou à tenir leur
Chapelet, qu'ils réciteront dévotement en l'honneur de la
Sainte Vierge.
Il les conduira ou chaque jour, ou au moins le jeudi & le samedi,
sur le soir, à l'Eglise, pour faire Visite à Notre-Seigneur
; il leur apprendra à s'entretenir avec lui ; il leur fera faire
les Actes de Foi, d'Espérance & de Charité. La Visite
du samedi finira par le Salve, Regina ou par les Litanies de la Sainte
Vierge, qu'on chantera.
Sa grande attention sera d'inspirer aux enfans l'horreur du péché,
sur-tout du péché honteux, & l'amour de Dieu ; il leur
inspirera la dévotion au très-Saint Sacrement, à
la Sainte Vierge, aux Saints Anges Gardiens, au Saint Patron de la Paroisse,
& à celui dont ils portent le nom.
Il leur recommandera de se confesser souvent, de toujours bien dire tous
leurs péchés en confession, de se préparer à
la Communion avec soin & avec piété, & de passer
le jour de la Communion dans la priere & la dévotion.
Il enseignera avec zèle, avec application : on fait mal, &
sans fruit, ce qu'on fait avec négligence : il seroit injuste envers
les enfans & leurs parens; il seroit même obligé à
restitution, s'il négligeoit sa Classe. Quand les enfans ne sont
pas assidus ou attentifs à l'Ecole, il doit en avertir M. le Curé
& les parens ; il ne les menacera cependant pas de M. le Curé,
parce que cela leur feroit perdre la confiance qu'ils doivent avoir en
leur Pasteur. Il n'aura point d'acception de personne; il donnera ses
soins aux pauvres & aux riches ; il fera garder le silence dans la
Classe.
Il ne châtiera jamais les enfans par colère, ni en colère
; la colère gâteroit tout : il attendra qu'elle soit parlée
; il frappera rarement, & ce sera avec le fouet; jamais avec le pied
ou la main. Il vaudroit souvent mieux ne point les frapper, mais les humilier,
en les faisant tenir à genoux, en les mettant à la derniere
place, &c. Les paroles déshonnêtes doivent être
sévérement punies.
Il ne criera ni ne menacera pas trop souvent; les enfans s'y accoutumeroient,
& n'en deviendroient pas meilleurs ; peut-être même deviendraient-ils
plus indociles. Il ne leur dira point de paroles injurieuses, ni de sobriquets,
mais il appellera chacun par son nom.
La modestie est recommandée à tous, mais sur-tout aux jeunes
gens. En corrigeant les enfans, il prendra garde qu'il ne se passe rien
qui puisse blesser cette vertu, rien qui puisse scandaliser ceux qui sont
présens. Il ne recevra point de filles, ni grandes ni petites,
dans sa Classe : nous en avons donné les raisons plus haut.
L'exemple, bon ou mauvais, fait de fortes impressions sur l'esprit de
ceux qui le reçoivent, sur-tout des enfans. Le Maître aura
donc la plus grande attention, pour ne rien faire, ne rien dire, sur-tout
en Classe, qui puisse scandaliser. Il s'abstiendra des juremens, des malédictions,
de la médisance, de tout discours, de toute parole déshonnête;
il ne fera sujet ni à la colere, ni à l'intempérance,
&c. Il donnera constamment des exemples de douceur, d'honnêteté,
de tempérance, de piété & de dévotion.
Le bon exemple est un des principaux devoirs de sa charge ; s'il y manque,
ses instructions & ses soins deviennent inutiles.
4° Le Maître d'Ecole doit
avoir une vraie piété, non-seulement pour l'inspirer aux
enfans, comme son état l'y oblige, mais pour sa propre sanctification.
De quoi lui serviroit-il d'avoir élevé la jeunesse dans
la crainte de Dieu, si lui - même ne l'avoit cette crainte, qui
esi le commencement du salut ? Son premier soin doit donc être de
se sanctifier.
Il priera matin & soir ; il fera chaque jour l'examen de conscience
& la Visite au très-Saint Sacrement, & au moins, à
certains jours, quelques lectures spirituelles. Il pratiquera quelque
mortification le vendredi ou le samedi. Sur toutes ces choses, il prendra
l'avis de son Confesseur, à qui il communiquera tout ce qui regarde
sa conduite : il fera choix d'un bon Confesseur, à qui il se confessera
ordinairement, afin qu'en étant mieux connu, il puisse en être
dirigé plus utilement.
Il assistera exactement à la Congrégation ; il écoutera,
avec attention, les instructions, dans le dessein d'en profiter ; il s'appliquera
sur-tout à devenir humble : jamais il ne se louera; &, si on
le loue, il renoncera à la vaine complaisance : il évitera
l'affectation dans son extérieur.
Il évitera, avec soin, les personnes de différent sexe,
& toute familiarité avec elles; il aura le même éloignement-pour
les danses, les jeux, le cabaret, les veillées où s'assemble
la jeunesse, les chansons & les paroles déshonêtes.
Il n ira trop souvent dans aucune maison de la Paroisse ; il ne mangera
que rarement chez les Paroissiens ; &, lorsqu'il le fera, que ce soit
avec sobriété. Quand on se trouve dans les festins de nôces,
ou autres, il est dangereux d'y boire trop, de s'y livrer à une
joie excessive, d'y parler imprudemment du prochain, d'y chanter des chansons,
ou d'y tenir des discours peu honnêtes. Un Maître d'Ecole
qui a du zèle pour son salut évitera, avec soin, ces occasions
de dérangement.
Règlement de la Maîtresse d'école
p 333
Elle ne recevra pas de petits garçons
pour les enseigner; si cependant il y en avoit dans sa Classe de forts
petits, au-dessous de l'âge de neuf ans, elle les feroit asseoir
dans un banc séparé de celui des filles : elle ne les laisseroit
ni seuls, ni sortir avec les petites filles : on ne peut prendre trop
de précautions pour conserver les enfans dans l'innocence.
Méthode pour la direction des âmes
dans le tribunal de la pénitence, et pour le bon gouvernement des paroisses.
1783 Tome 2
par un prêtre du diocèse de Besançon /Pochard, Joseph
(1725-1786) ed: Lépagnez l'aîné (Besançon)

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