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Etienne Fare Charles Huvier/6
1724/1784 Curé de la Chapelle Rablais...
Séminariste, titre clérical...

Ce vicaire "lit très mal, et n'entend rien de ce qu'il lit, même n'a su lire distinctement les paroles sacramentelles des espèces du vin encore que par deux ou trois fois on les lui aie fait réitérer"... l'archevêque de Lyon en 1613 découvre des curés qui savent à peine lire, entendent fort peu le latin, ignorent la forme de l'absolution et de l'administration des autres sacrements...
Recueil de visites pastorales du diocèse de Lyon dans L'éducation des ecclésiastiques aux XVIIe et XVIIIe siècles par Dominique Julia
En 1745, quand Etienne Fare Charles Huvier entra au séminaire, le temps des curés ignorants était révolu. "l’on n’était admis au séminaire que si les classes d’humanités étaient entièrement terminées et après deux années de philosophie... De plus, les postulants devaient subir un examen avant leur admission." Ordonnance de juin 1684
Une minorité d'ecclésiastiques, environ 10% poursuivait aussi ses études de "Théologie" pendant au moins deux ans à l'Université. Ce ne fut pas le cas du curé Huvier qui n'aurait pas manqué de le mentionner, comme le fit son successeur à la Chapelle Rablais:
"messire Louis Jean Poiret, prêtre, bachelier de la faculté de théologie, chapelain titulaire de la chappelle St Michel ditte de la Bouchardière, curé de laditte paroisse"
Registre paroissial 7 février 1763

"L'étude doit faire l'occupation d'un sujet qui est au séminaire, non pas précisément l'étude des questions théologiques, ce n'est pas leur temps, il faut avoir appris ces choses avant d'y venir, mais celle de l'Écriture, des saintes règles de l'Église dans l'administration des sacrements, surtout celui de la pénitence, des cérémonies, des rubriques, du rituel, des constitutions du diocèse."
Mgr de Montillet, évêque d'Auch, en 1770 dans Dictionnaire de l'Ancien Régime

"Chaque clerc passait neuf à quinze mois en moyenne au séminaire, mais en trois fois, avant la réception du sous-diaconat, du diaconat puis de la prêtrise." Dictionnaire de l'Ancien Régime

Le séminaire préparait l'ordinant à devenir un "bon prêtre". "Ce prêtre peut se caractériser par trois traits essentiels. Il dispose d’abord des connaissances et des compétences pour remplir valablement son office: il connaît le latin, la liturgie, les sacrements et dispose d’une culture théologique et d’un jugement suffisants pour guider utilement les fidèles vers le Salut. On attend ensuite de ce bon prêtre, en plus des vertus ou des qualités morales (charité, tempérance…), une foi profonde et sincère et une piété intériorisée, conformément à la spiritualité nouvelle, en lui prescrivant par exemple la pratique de l’oraison mentale. Enfin, il doit manifester en permanence la dignité de son état. Cette dernière exigence dépasse la civilisation des moeurs évoquée plus haut et s’inscrit dans une conception qui fait du prêtre une image du Christ sur terre, contraint de montrer sa différence par sa manière d’être.
Boris Noguès La formation religieuse en France au XVIIIe siècle
"Ses conversations, son extérieur, son maintien, et jusqu’à son silence, tout en lui annonce les grandeurs, les justices et les miséricordes du Dieu dont il est le ministre... Par son exemple et par toute sa conduite, il dit à tous les fidèles : soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même de Jésus Christ."
François-Hyacinthe Sevoy, Les devoirs ecclésiastiques, Paris, 1760


Le séminaire était un internat, monde clos, dont on ne sortait pas sauf exception : "Soyez ferme à refuser les permissions d'aller en ville, à moins qu'il y ait une très grande nécessité" À l'intérieur des murs, la règle du silence est impérieuse, marquant ainsi une rupture avec les bruits de la ville et de la rue: hors le temps des récréations, on ne parle pas à voix haute, on ne crie ni ne chante. On est loin des joyeux séminaristes photographiés par Mario Giacomelli, ci-dessous.
Correspondance de L Tronson citée dans Dominique Julia : L'éducation des ecclésiastiques

"L'horaire réglé des journées, la surveillance du comportement et des attitudes, la pratique de l'oraison, les conférences de piété et les examens spirituels, la confession et la communion souvent hebdomadaire au XVIII° siècle, achevaient de préparer le séminariste à cet état séparé du monde voulu par le concile pour les prêtres." Dictionnaire de l'Ancien Régime

 

Les études au séminaire mériteraient de nombreuses pages, tant sur le contenu de l'enseignement que la formation des futurs prêtres; mais ce n'est pas mon propos, puisque j'essaie seulement de suivre un curé particulier à partir des traces qu'il a pu laisser. Et de ses séjours au séminaire, il n'a laissé aucune trace, à part un résumé de sa formation...

 

Au cours de l'été 1762, une épidémie emporta trois prêtres de paroisses proches de Cerneux où officiait le curé Huvier. Parmi eux, le curé Bouflers (ou Boufflers) de Courtacon, dont Etienne Fare Charles fut l'exécuteur testamentaire. Il eut ainsi l'occasion d'étudier les archives de ce curé dont il résuma la carrière dans le registre paroissial de Cerneux : Ledit Bouflers "tonsuré à Amiens le 22e Xbre 1722; Acolythe à Amiens le 22e may 1723; Sous diacre à Amiens le 18e Xbre 1723; Diacre à Amiens le 10° juin 1724; Prêtre à Amiens le 17° mars 1725; Vicaire de Beauquène (Beauquesne, Somme) diocèse d'Amiens le 12° octobre 1729; Vicaire de Ladon, diocèse de Sens le 20° avril 1736; Curé de Champcoüelle le 9° avril 1743; Curé de Courtacon le 18° mars 1756; Décédé le mardy 31° aoust 1763 ./."

 

A la suite de la bio succinte du curé Bouflers, Etienne Fare Charles résuma la sienne, qui fut complétée après son décès par son successeur; je ne mets en évidence, ci-dessous que les étapes de sa formation: tonsure à Meaux le 12 juin 1745, ordres mineurs : sous-diacre et acolythe le 18 décembre de la même année "C'est au sous-diacre à lire, à chanter l'épître à la grand'messe / acolyte : clerc promu à l'un des quatre ordres mineurs, et dont l'office est de porter les cierges, de préparer le feu, l'encensoir, le vin et l'eau, et de servir à l'autel le prêtre, le diacre et le sous-diacre." Dictionnaire Littré; diacre "Le diacre sert le prêtre ou l'évêque à l'autel, et proclame l'Évangile" Dictionnaire Larousse, prêtre l'année suivante...
Si les études du curé Huvier eurent la même durée que celles du curé Bouflers, environ deux ans et demi entre la tonsure et la prêtrise, la carrière du curé de la Chapelle Rablais fut bien plus rapide que celle du curé Bouflers qui dut attendre presque vingt ans pour devenir titulaire de sa propre paroisse, après avoir changé de diocèse. Les relations familiales -et le degré de fortune- en étaient probablement la cause, comme on pourra le voir plus loin.

 

 

 

Avant de pouvoir accéder aux ordres mineurs, les séminaristes étaient le sujet d'une enquête de moralité, "témoignage authentique de bonne vie et moeurs" diligentée par les curés de leurs paroisses : "ils marqueront sincérement selon Dieu ce qu'ils savent et ce que l'on peut espérer de ceux qui se présentent."
La volonté du jeune homme à devenir prêtre était rendue publique : "Ordonnons pareillement que chaque ordinand nous présentera une attestation des trois publications faites à la paroisse, de sa motion future aux sacrez ordres du sous-diaconat, de diaconat & de prêtrise." Les curés exhortaient vivement leurs paroissiens à témoigner : "Enjoignons aux curez ... d'intimer aux peuples, sous peine d'excommunication, ils ayent à révéler ce qu'ils sçavent, tant de la vérité du Titre, que des moeurs, de la conduite, de l'âge & de la naissance légitime de l'ordinand; & en cas qu'il ne se trouve point d'opposition ni d'empêchement canonique, ils dresseront leur certificat..." Compilation des ordonnances du diocèse de Meaux 1724

Le premier certificat obtenu, l'ordinand devait aussi prouver qu'il disposait de quelques biens, sous la forme d'une rente ou titre clérical ...

 

 

"Titre clérical ou sacerdotal, est le fonds qui doit être assuré pour la subsistance d’un ecclésiastique, avant qu’il soit promu aux ordres sacrés. Anciennement l’on n’ordonnoit aucun clerc sans lui donner un titre, c’est-à-dire sans l’attacher au service de quelque église, dont il recevoit de quoi subsister honnêtement. Mais la dévotion & la nécessité ayant contraint de faire plus de prêtres qu’il n’y avoit de bénéfices & de titres, il a fallu y apporter un remède, qui est de faire un titre feint au défaut de bénéfice, en assurant un revenu temporel pour la subsistance de l’ecclésiastique." Encyclopédie Diderot

La somme exigée dépendait du diocèse et varia dans le temps : "(en 1655) .. ce titre est différent selon les lieux, ou du moins nos seigneurs les évêques ont demandé plus en un endroit qu’en un autre ; à Paris, il faut 50 écus, ailleurs 100 et en d’autres lieux 80 suffisent." Un siècle plus tard, l'Encyclopédie fait état de sommes plus conséquentes : "les dépenses ayant augmenté, il a fallu aussi augmenter à proportion le titre clérical. A Paris & dans plusieurs autres diocèses, il doit présentement être au moins de 150 liv. de revenu."
Vincent de Paul  Conférence du 6 août 1655 sur la pauvreté // Encyclopédie Diderot

 

 

Quelle somme a été demandée au jeune Huvier, ou plutôt à sa famille, pour lui permettre de commencer ses études au séminaire de Meaux? L'acte manque, on pourrait le trouver dans les minutes d'un notaire en 1745, si ses parents avaient choisi de lui constituer une rente annuelle, comme celle que reçut, pour le strict temps de sa formation, le jeune Laurent Guay, dont la trace a été retrouvée dans les minutes du notaire Vaudremer à Nangis, celui qui rédigea de nombreux actes pour le curé Huvier, quand il officiait à la Chapelle-Rablais.
Le père du séminariste, nommé aussi Laurent Guay, paysan très aisé, puisque laboureur à la ferme du Thiboutà Gastins (Monthiboust, ci-dessous), constitua pour son fils un titre clérical de 150 livres de rente annuelle le 6 août 1783 qui fut cloturé environ deux ans plus tard : "Mre Laurent Guay prêtre curé de Courpalais demeurant audit Courpalais étant ce jour à Nangis et chapelain de l'église de St Yves à Paris. Lequel au moyen de ce qu'il est aujourd'huy pourvu de bénéfices suffisants pour le mettre à même de vivre honnêtement en l'état écclésiastique (# desd. cure et chapelle), a déclaré qu'il décharge Sr Laurent Guay aîné son père laboureur demeurant au Thibout paroisse de Gatins à ce présent et acceptant des cent cinquante livres de pension viagère, qu'il a constituée à son profit..." Laurent Guay devint prêtre de Courpalay le 2 octobre, avec la certitude d'être "pourvu de bénéfices suffisants pour le mettre à même de vivre honnêtement en l'état écclésiastique" et, trois jours plus tard, déchargea ses parents de "l'hipotêque dont ils se trouvaient grévés par ledit titre clérical." Laurent Guay accéda très rapidement à la prêtrise, après seulement quelques mois de vicariat auprès du curé Besnard à Courpalay, il obtint cette paroisse très proche du lieu d'origine de sa famille (la Chapelle Iger) à vingt cinq ans, âge minimum légal...
Minutes du notaire Vaudremer Nangis AD 77 188 E 110 & répertoire 188 E 4 p 138

Titre clérical, Laurent Guay et autres séminaristes

Quarante ans après les études du curé Huvier, une somme de cent cinquante livres annuelles était exigée pour entrer au séminaire, probablement de Meaux puisque Gastins était inclus dans ce diocèse. Cela représente plus que le salaire annuel d'un maître d'école; celui de Choisy en Brie ne percevait que cent vingt livres annuelles depuis 1727 jusqu'à la Révolution ! "Pour conférer à un clerc l’ordre du sous-diaconat, une rente viagère est exigée par l’évêque. Celle-ci permet d’exclure des aspirants à la prêtrise issus des familles paysannes les plus modestes, qui seraient contraints de mendier leur pain, déshonorant ainsi le sacerdoce."
Serge Brunet Les prêtres des campagnes de la France du XVIIe siècle : la grande mutation

Cependant, dans les dernières décénnies du XVIII° siècle, on relève des aspirants à la prêtrise venus de milieux plus modestes qu'auparavant. Ainsi, dans l'étude du notaire Judas, à Beton-Bazoches, où le curé Huvier passa plusieurs actes, un titre clérical a été demandé pour le fils d'un maréchal et même celui d'un instituteur pour lequel on peut se demander où ses parents ont pu trouver le capital de deux ou trois mille livres permettant de verser une rente de cent à cent cinquante livres "10 septembre 1759 Titre clérical par le sieur Christophe Regnaut maréchal et sa femme demeurant à Bazoches au sieur Christophe Regnault leur fils clerc tonsuré du diocèse de Sens... 28 août 1780 Titre clérical par Louis Rousselet maître d'école à Champcenest et sa femme à Louis Rousselet leur fils."
Minutes du notaire Judas 254 E 206 & 207
Christophe Régnault (Renault), vingt deux ans en 1759, était diacre l'année suivante, au décès de son père. Louis François Rousselet, âgé de vingt trois ans en 1780, devint prêtre. Son frère, Jean Mathias, fut maire adjoint, propriétaire, et marchand de bois ce qui pourrait dénoter une certaine aisance, voir la page "marchands de bois".
Si la tonsure n'aboutissait pas toujours à la prêtrise, comme on l'a vu précédement, l'engagement financier d'une rente cléricale était le signe d'un engagement ferme dans cette voie.

 

 

Reste à trouver l'acte notarié correspondant au titre clérical ayant permis à Etienne Fare Charles Huvier d'accéder au premier degré de la prêtrise, à moins que... (suite à la prochaine page, ou la suivante...)

 


  Suite : chapelles et chapelains