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Etienne Fare Charles Huvier/28
curé de la Chapelle Rablais 1752/1759
Garder ses distances...

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Etienne Huvier acquit ou fit restaurer ses vêtements liturgiques dans des étoffes chatoyantes, dont les noms n'évoquent plus rien pour le commun des mortels. Reconnaîtriez-vous les tissus cités par le prêtre d'après leurs définitions d'époque:
- étoffe de soie veloutée qui tient le milieu entre le velours & la pluche : la panne.
- trame poil, & la chaîne moitié poil & moitié soie : le camelot.
- petit droguet de laine non croisé, légerement jaspé de diverses couleurs : la dauphine
- tissu de laine, poil de chèvre, ou soie et laine, lustré sur l'endroit : la calmande.
- une étoffe en soie dont les façons sont élevées au-dessus du fond, une espece de satin mohéré : le damas, encore connu de nos jours, comme le satin : "une tunique de satin ornée d'un galon d'or" et la cotonnade qu'il réserva aux aubes des enfants de choeur.

Doc: restauration des objets liturgiques

Satin, soie, calamande, vases dorés, "boëte d'argent", le curé usa, devant ses fidèles, d'objets et de costumes luxueux hors de portée de tout paysan. En faisant restaurer autel, chaire, habits et objets sacerdotaux, il entendait bien marquer la solennité du "sacrifice divin" et le statut particulier de son officiant.

Pendant ses années de séminaire, pas si lointaines puisque trois ans seulement étaient passés, le futur curé avait appris comment devenir un "bon prêtre":
Ce qui ne se voyait pas : "Il dispose d’abord des connaissances et des compétences pour remplir valablement son office : il connaît le latin, la liturgie, les sacrements et dispose d’une culture théologique et d’un jugement suffisants pour guider utilement les fidèles vers le Salut. On attend ensuite de ce bon prêtre, en plus des vertus ou des qualités morales (charité, tempérance…), une foi profonde et sincère et une piété intériorisée, conformément à la spiritualité nouvelle, en lui prescrivant par exemple la pratique de l’oraison mentale."
Et ce qui se voyait : Il lui était prescrit de se détacher des "nouvelles du monde": la modestie "croit indécent à des ecclésiastiques de s'entretenir, comme les gens du siècle, des nouvelles du monde, de ses modes, de ce qui se passe à l'armée, de ce qu'on fait à la cour, de ce qui se dit en ville" Mémoires de l'abbé Baston
"Ses conversations, son extérieur, son maintien, et jusqu’à son silence, tout en lui annonce les grandeurs, les justices et les miséricordes du Dieu dont il est le ministre... Par son exemple et par toute sa conduite, il dit à tous les fidèles : soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même de Jésus Christ" François-Hyacinthe Sevoy, Les devoirs ecclésiastiques, Paris, 1760
"Il doit manifester en permanence la dignité de son état. Cette dernière exigence dépasse la civilisation des moeurs évoquée plus haut et s’inscrit dans une conception qui fait du prêtre une image du Christ sur terre, contraint de montrer sa différence par sa manière d’être.
Dominique Julia L'éducation des ecclésiastiques aux XVIIe et XVIIIe s Hachette 1998

"L'homme de la cure n'est pas du commun."
Michel Vernus Le presbytère et la chaumière

Voir aussi à la 15° page du dossier : prêtre et paroissiens à Marolles

 

Loin de Coulommiers, sa "patrie", le jeune prêtre était seul dans une paroisse qu'il ne connaissait pas. S'il montrait qu'il n'était pas "homme du commun" pendant les cérémonies, il dut faire de même dans sa vie privée, évitant de donner prise à des "murmures" comme il se disait à l'époque : "des habitans comançoient à murmurer avec invectives... ce qui a donné matière à plusieurs de mes paroissiens de murmurer... pour ne pas faire murmurer les chantres... les pauvres dont il faut supporter les murmures..." Pour ne pas donner lieu à des "murmures" et autres commérages, Etienne Huvier prit soin d'éviter que ceux qui le côtoyaient soient trop proches de ses paroissiens. Les témoignages manquent, mais on peut le déduire du choix de ses domestiques et, tout d'abord de ses maîtres d'école.

Il récusa Nicolas Légé pour son incompétence présumée, mais aussi parce qu'enraciné dans le village, il avait tout loisir de révéler à qui voulait l'entendre les petits secrets du presbytère. Ajoutons à cela que le charretier-maître d'école habitait le gros hameau des Montils où il devait faire classe dans sa propre maison. Le curé aurait eu peu de contrôle sur sa pratique.

Candidats à la Chapelle Rablais, Jean Sonnette était originaire de Coulommiers, comme le curé, et Louis Guinand venait de Marolles où Etienne Huvier fut vicaire. Le curé les connaissait, et ces maîtres d'école n'avaient aucun lien avec les habitants du village.

Le choix d'un maître d'école extérieur à la Chapelle Rablais se justifiait aussi par l'analphabétisme d'une grande partie des hommes de la paroisse, ce qui n'avait d'ailleurs pas empêché le fermier Bougault et les manouvriers Courtois, Gibert et Rondinet d'être désignés comme marguilliers, gérants des biens de la Fabrique de l'église. Difficile de trouver dans la paroisse quelqu'un suffisamment lettré pour pouvoir enseigner.

Ci-dessus, en rouge et en pourcentage, les hommes capables de signer relevés dans les assemblées d'habitants.

 

Prêtre à Cerneux, il eut pour maîtres d'école Charles Gergonne, de Villiers Saint Georges, Nicolas Grimont, d'Escardes dans la Marne, Rémy Bénard, de Rebais...

Deux instituteurs furent originaires de la paroisse : Pierre François Léprivier, décédé fort jeune, dont le père, couvreur et fossoyeur, avait des relations privilégiées avec le curé : "Ce Pierre Léprivier (père) étoit un homme de tête absolu dans ses idées souvent chimériques; mais on le regardoit comme un terier vivant du marquisat. C'est luy qui m'a beaucoup aidé quand j'ai commencé à prendre une connaissance exacte des novalles, pour parvenir au mesurage et plan figuré que j'en ai fait faire par François Mignaret arpenteur royal dans les commencements de l'année mil sept cent soixante dix..." Le curé Huvier devait tenir le fils en grande estime : "confrère de la confrérie du très Saint Sacrement de l'Eucharistie, à été inhumé dans la nef de la chapelle de la Snte Vierge, près les fons baptismaux."
29 mai 1763 Registre paroissial Cerneux AD77 5 Mi 7773 p 9

Louis Paillard était originaire de Cerneux. Dans une petite note marginale du registre de Cerneux, Etienne Huvier signala le mariage de Louis Paillard à Marcilly le Hayer dans l'Aube avec la fille d'un autre maître d'école: "Louis Paillard maître des petites écoles de Rupéreux (de droit mon paroissien)". Dans sa monographie de 1889, l'instituteur indique : "En 1783, on trouve également l'acte d'installation de Paillard Louis, nommé maître des petites écoles en remplacement de Nicolas Grimon décédé." Il avait omis Rémy Bénard, de Rebais, qui avait épousé la veuve dudit Louis Grimon, et lui succéda. Rémy Bénard était effectivement maître d'école à Cerneux en 1772 et en 1775; il occupa ensuite les mêmes fonctions à Mortery.
La signature de Louis Paillard succède à celle de Nicolas Grimon le 23 novembre 1772
"Loüis Paillard maître des petittes écoles nôtre clerc paroissial." Il est encore en poste en 1784, sous le curé Naret. Lui succédera Pierre François Levasseur pour lequel nous avons publié l'assemblée des habitants du 16 octobre 1785.

Doc : un maître d'école à Cerneux 1785

Pendant les premières années de son sacerdoce, à la Chapelle Rablais, comme à Cerneux, Etienne Huvier choisit des "horsains" comme maîtres des petites écoles. Peut être pensait-il mieux les contrôler et leur éviter la tentation de colporter des ragots.

 

"Le lot commun, c'est bien la solitude à trois : le curé, son domestique qui s'occupe du cheval et des gros travaux, et sa servante."
Bernard Plongeron. La vie quotidienne du clergé français au XVIII° siècle

Etienne Huvier ne fit pas mention d'une servante, chargée des repas, de la lessive et du soin du presbytère. A part l'accoucheuse, il ne fit d'ailleurs aucune mention d'une femme dans ses multiples notes.
Ladite servante se devait d'avoir atteint "l'âge canonique "Si aujourd’hui l’expression âge canonique désigne un âge assez avancé, pour les hommes comme pour les femmes, cela n’a pas toujours été le cas. À l’origine, l’âge canonique est en effet l’âge requis par le droit canon pour l’exercice de certaines fonctions et en particulier l’âge minimum à partir duquel une femme peut entrer au service d’un ecclésiastique, à savoir: 40 ans... Aujourd’hui, cet âge peut sembler très jeune, mais avant de frémir si vous avez déjà soufflé vos 40 bougies, songez qu’autrefois, l’espérance de vie était moindre. Quarante ans représentait un âge déjà respectable et l’on estimait qu’une femme de cet âge offrait moins de tentations et pouvait être digne de confiance."
Site Aleteia

Des servantes apparaissent dans les archives de prêtres, proches du curé Huvier. Ce dernier s'occupa de la succession du curé de Courtacon, proche Cerneux où apparaissent "Nicolas Festeau journalier et Jeanne Catherine Goet sa femme demeurant audit Champcenetz, anciens domestiques dudit feu Me Jacques Bouflers.." Minutes du notaire Judas Beton Bazoches AD77 254 E 27

Mère, soeur, nièce pouvaient partager le presbytère et certainement s'y occuper des tâches ménagères. Une note du curé Mercier de Courtacon, à propos d'inondations pendant l'hiver 1784 dans le bourg proche révèle la présence de la mère et de la soeur du curé : "A Bazoche bien nommé le pot de chambre de tous les environs, il y a eu trente six maisons d'inondées, l’eau sortait dans plusieurs par les croisées, dans l’église et le presbitaire il y a eu trois pieds d’hauteur... Monsieur le curé a subi le même sort et quand on est allé pour le chercher avec le cuvier, on l’a trouvé avec sa sœur debout sur les croisées et madame sa mère était dans son lit malade, qui baignait dans l’eau. On l’a enlevée la première et elle est morte trois jours après." Note du curé Mercier, registre paroissial de Courtacon

A la Chapelle Rablais, le curé Blaise Ozouf, originaire de la Manche, accueillit près de lui sa soeur Marie qui décéda en 1817 puis sa nièce Marguerite Anastasie Madeleine qui se maria le 20 janvier 1840 avec un manouvrier local, Louis Etienne Bonnet Panniot (Lepanot). Curé, soeur, nièce et son époux firent quelquefois le trajet jusqu'à Saint Rémy des Landes, dans la Manche, comme le prouvent leurs passeports pour l'intérieur.

Dossier : curé & autres originaires de la Manche à la Chapelle Rablais au XIX° siècle

 

 

Plus d'un valet de ferme local aurait apprécié de servir le curé, mais Etienne Huvier choisit ses domestiques dans des paroisses éloignées. Au fil des "nottes" du curé, on découvre, à la Chapelle Rablais, François Champion originaire de Clos Fontaine, Jacques Renier venant de Bazoches; d'autres peut-être qui ne furent pas mentionnés. A Cerneux, on relève en 1760 Edmé Denizard, originaire de Beton Bazoches et, à partir de 1762 Pierre Leroy dit Dauphin, venu de Marolles (le hasard fait qu'une branche de ma généalogie comporte des Leroy, orignaires de Marolles, branche cousine puisque celle du domestique mentionne toujours "Leroy dit Dauphin").

Carte de localisation des domestiques et maîtres d'école

 

Pierre Leroy dit Dauphin passa plusieurs années au service d'Etienne Fare Charles Huvier : "Etat des enfans à qui j'ai fait faire la première communion le dimanche 20 juin 1762 Pierre LeRoy dit Dauphin, mon domestique..." Pierre était alors âgé de dix sept ans, alors que les plus âgés n'avaient que treize ans, pour les filles, quinze ans pour les garçons; l'âge moyen pour la communion, était plus élevé que de nos jours. Le curé poursuivit la formation religieuse de Pierre lors de la confirmation : "Etat des personnes qui ont été confirmées en l'église de Snt Mars le mercredy matin dix septembre mil sept cent soixante six... Pierre (mon domestique) LeRoy dit Dauphin, 21 ans." Registre paroissial de Cerneux en mairie

 

"Supportant avec peine depuis longtemps que les enfans occupent les bancs du choeur du côté droit, usage où abus que j'ai trouvé en arrivant dans cette paroisse, je ne suis déterminé à faire construire par Romain Jacquelin, mtre menuisier de Beton-Bazoche des bancs devant le lutrin pour y placer sous les yeux du mtre décolle trente à quarante enfans. Ces bancs ont été posés le lundy vingt trois décembre mil sept cent soixante cinq jour que j'ai baptisé Nicole Victoire Guezou. J'ai fait occuper le premier banc qui ne fait qu'une place par Pierre LeRoy dit Dauphin, mon domestique natif de Marolle près Coullommiers en Brie, j'ai accordé le second au marguillier sortant de charge et au sindic en charge, et les autres des deux côtés aux fermiers et notables de ma paroisse et ce par pure grace sans préjudice aucun néanmoins au droit du respectable et aimable seigneur et de mes successeurs, j'ai annoncé cet arrangement le jour de Noël après l'offrande de la messe du jour, lecture faite de l'évangille." Cerneux, registre paroissial en mairie
Pierre Leroy dit Dauphin, domestique du curé placé avant les marguilliers, syndic, fermiers et notables, voici qui sort de l'ordinaire...

 

 

Essayant probablement de garder une certaine distance avec ses paroissiens, Etienne Fare Charles Huvier n'était cependant pas totalement isolé à la "Chapelle Arablay", petite paroisse éloignée de sa "patrie". Nous essaierons de le montrer à la page suivante.