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Etienne Fare Charles Huvier/18
vicaire de Marolles 1749/1752
Une lignée de maîtres d'école / 3

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A part Louis Pilliot le premier, succédant en 1701 au maître d'école Cendrier, ses descendants n'ont certainement pas eu à prouver leurs capacités pour succéder à leur parent. Louis Pilliot II était fort jeune lorsqu'il prit la suite de son père décédé le 20 novembre 1736 : "Louis Pilliot fils a été reçu maître d'école, et greffier de Marolles A commencer du 25 vingt cinq novembre, 1736 à l'âge de saize ans, à la place de feu Louis Pilliot son père". Louis Pilliot III assura la rentrée scolaire, le 5 novembre 1785, sous l'égide de son père qui décéda quelques mois plus tard, le 23 juin 1786.

Les Pilliot ne faisaient pas partie de ces maîtres d'école proposant leur science (quelquefois toute relative), de paroisse en paroisse. Comme pour les maçons de la Creuse, les scieurs de long du Forez et du Velay, les débardeurs de bois de la Thiérache, présents en Brie, une province, le Dauphiné, s'était spécialisée dans l'enseignement, envoyant par les routes les "écoleurs du Queyras". Le nombre de plumes à leur chapeau indiquait leur savoir : une plume pour la lecture, deux pour l'écriture, trois pour les quatre opérations... Je n'en ai pas trouvé trace dans la région, où les maîtres d'école croisés dans les archives étaient tous Briards ou de contrées proches.

Travailleurs migrants en Brie, page des choix

Louis le premier était né Louis Pillaut en 1686 à Saint Rémy de la Vanne, la famille y conserva des liens comme en témoignent deux actes passés en 1758 chez François Gillot, notaire et tabellion à St Rémy et St Siméon, villages proches de Marolles. AD 77 279 J 3 Aurait-il eu un rapport avec Denis Pilot, maître d'école en 1696 à Saint Loup de Naud? Des Pilliot seraient-ils à l'origine du nom de "l'étang Pilot" (et des terres qui l'entourent, encore en eau sur le plan d'Intendance, puis comblé et divisé en parcelles tellement étroites qu'il fallait les labourer en comptant les "scillons"), ce qui montrerait une possible ancienneté dans les lieux.
Monographie de l'instituteur de Saint Loup de Naud 30 Z 372 p 9 // Cadastre napoléonien 4 P 37 section A1




"L'an mil sept cent-un, Louis Pilliot, a été reçu maître d'école de la commune de Marolles, le temps de trente cinq ans, époux de Margueritte Béguin sa femme, ledit Louis Pilliot a été maître d'école, et greffier de la commune de Marolles, depuis mil sept cent un jusqu'à mil sept cent trente six."Journal de Louis PilliotAD77 279 J 1 Comment le premier Pilliot obtint-il le poste de maître d'école, dut-il concourir, était-il honorablement connu bien qu'âgé de seulement quinze ans? Les archives que j'ai consultées ne l'indiquent pas. Les assemblées d'habitants pour ces embauches donnaient souvent lieu à des actes notariés, que je n'ai pas découverts pour cette famille, ce n'est pas faute d'avoir cherché chez les nombreux notaires de Coulommiers et la Ferté Gaucher, ainsi que dans "les branches" de Chailly & Boissy, et même celles de Marolles & Choisy. Quant aux archives de la Fabrique de l'église de Marolles, elles sont très parcellaires, on y trouve d'ailleurs des actes concernant un prieuré qui n'existait que dans la paroisse de Marolles en Brie, dans l'actuel département du Val de Marne.

L'absence d'acte ne signifie pas forcément qu'il n'y en eut point, puisque Louis II fit état par deux fois, dans son journal, de conventions avec les laboureurs. Il aurait été étonnant qu'elles n'aient pas donné lieu à des actes, signés par les deux parties.

Il faudra donc se contenter de la version des Pilliot et de quelques paperolles qui ont subsisté, comme ce reçu de cinquante livres pour l'année 1719, par "Moy Louis Pilliot clerc de l'Eglise St George de Marolle". Louis Pilliot a établi un reçu pour la même somme en 1728. AD77 373 G 1

S'il s'agissait là de l'intégralité de la somme que la Fabrique, par son Marguillier Louis Camus, versait au maître d'école et clerc paroissial, c'était fort peu, en comparaison avec le salaire versé au maître de la paroisse voisine, Choisy en Brie "Nous n'avons pas d'autres renseignements sur l'école que les augmentations successives des gages alloués à l'instituteur. Ils furent portés à 76 livres en 1694 et quatorze ans plus tard à 90 livres. En 1727, ils sont de 120 livres et restent à ce chiffre jusqu'en 1792."
Monographie de l'insituteur de Choisy 1889 30 Z 104 p 12

Un maître d'école Landrin perçut encore moins en 1714 : "la somme de trente six livres dix sols pour avoir desservy pendant neufs mois ou environ audit marolle" AD77 373 G 1 Où insérer ledit Léandrin dans la succession des maîtres Pilliot entre 1701 et 1841 ?

La page de garde du "Livre journail" de Louis Pillot II (1720/1786) précise les modalité de paiement par les manouvriers de la paroisse : "Livre journail de Louis Pilliot contenant les Manouvriers de la paroisse de marolles qui doivent quinze sols par année et par ménages audit Pilliot Maitre d'Ecolle et greffier dudit marolles a commancer du 25 novembre 1736 que je eté reçû Maitre d'Ecole après le deces de feu Louis Pilliot mon cher pere qui a eté aussy Maitre d'Ecolle et greffier dudit Marolles le tems de trente cinq ans. Ce livres fait le trente octobre 1767" AD77 278 J 1

Doc: page de garde du journal de Louis Pillot II débuté en 1767

Quinze sols était une somme très faible, comme paiement de la scolarité des enfants d'une famille pour un an; à titre de comparaison, l'agronome Arthur Young qui était à Nangis dans les premiers jours de la Révolution française nota les salaires journaliers pratiqués : "Hommes, en été, 24 sous, en hiver, de 15 à 18 sous. Hommes, pendant la moisson, 30 sous; femmes en été 15 sous... Coupe du blé, de 7 à 9 livres par arpent; coupe de l'orge et de l'avoine, 30 sous; coupe des prairies, 3 livres; si l'on est nourri, la moitié." Arthur Young Voyages en France 1789

Cette somme de quinze sols était demandée, mensuellement, par élève, à Villeneuve les Bordes en 1790 : "six sous par mois pour ceux qui écriront et quinze sous pour ceux qui apprendront l'arithmétique." A la Chapelle Rablais, en 1752, la contribution des manouvriers était de plus d'une livre par an, vingt cinq sols. A Cerneux, en plus d'une somme fixe de 64 livres payée par les marguilliers : "Plus luy sera payé par les manouvriers, chacun dix sols, Plus par ceux qui exerce métier vingt sols, Plus luy sera payé par chaque veuve cinq sols."

Dans le journal de Louis Pilliot III, un "Etat des Ecollier de Marolles pour l'année 1792" ne recense qu'un peu plus d'une quinzaine de noms, pour une douzaine de foyers. Louis Pilliot III ne devait donc percevoir, de la part des manouvriers, que l'équivalent d'une douzaine de jours d'un salaire d'ouvrier agricole...


Les "laboureurs", plus aisés, étaient mis à contribution, ils devaient un boisseau de blé par an et par charrue, mesure comble, "Pierre Lefevre fermier au château doit deux boisseaux de bled comble par an payé compris le tout échu à la Saint Martin 1766", le contrat n'était pas toujours respecté à la lettre : "... nous avons convenu à 4 boisseaux raclé par année pour les deux fermes quoy qu'on me les doivent comble." Raclé (au raz du boisseau) ou comble (formant un petit cône au dessus), un boisseau de blé avoisinait les treize litres.

A noter que si les laboureurs étaient mis à contribution, il n'en était rien pour les propriétaires & les seigneurs qui, d'ailleurs, ne mettaient pas leur progéniture à l'école paroissiale. Les nobles, ainsi que le curé, étaient aussi dispensés du paiement de la taille, répartie entre tous les autres paroissiens.

Passez la souris sur "l'éducation des pauvres" de Nicolas Hallé pour découvrir son "éducation des riches"

J'ai relevé les noms d'une petite douzaine de laboureurs cités dans les journaux Pilliot; il est possible que certains se soient succédés dans la même ferme, car les "laboureurs" étaient ce que l'on appelle aujourd'hui fermiers, ils avaient la charge d'une exploitation agricole sans en être propriétaires. Sous l'Ancien régime, le laboureur était censé posséder son matériel agricole, ce qui n'était pas le cas du fermier.
Douze boisseaux formaient un setier, 152 litres à la mesure de Paris, c'est tout ce que devait percevoir le maître d'école de la part des laboureurs.

Dans son livre: "la Dîme royale", Vauban étudie le budget d'un tisserand et d'un manouvrier pour envisager une répartition plus juste de l'impôt, à la fin du XVII° siècle. Il estime la consommation annuelle de "bled", moitié froment, moitié seigle à dix setiers, mesure de Paris. Louis Pilliot n'en percevait qu'un seul !

A la Chapelle Rablais, il était prévu que les laboureurs fournissent "un bichet de bled mesure de Nangis", (environ 30 litres) ce qui amena des contestations du côté des manouvriers taxés à 25 sols, nous aurons l'occasion d'y revenir plus loin. A Villeneuve les Bordes, les laboureurs étaient sollicités pour un paiement d'environ 6 livres par charrue, venant compléter "cent cinquante livres par la Fabrique qui lui seront payé par quartiers" et "l'écolage" demandé aux manouvriers. A Cerneux, en plus des 64 livres et de l'écolage cités plus haut, "les laboureurs un boisseau et demie de bled froment mesure comble dudit lieu par chacune charrue."

Même en cumulant la part des manouvriers, celle des laboureurs, et peut être un appoint par la Fabrique, le maître d'école était loin de percevoir assez pour subsister. Il lui fallait trouver une autre source de revenus.

Les trois Pilliot, maîtres d'école et clercs paroissiaux sous l'ancien régime ont aussi occupé le poste de greffier de la prévôté de Marolles, dépendant des principaux seigneurs du lieu, les Quatresolz de la Hante, résidant en leur château. (Un autre fief, la Cressonnière, dépendait de Antoine-Louis Lefebvre de Caumartin, évoqué à la 15° page du dossier )

Louis Pilliot I : "Nous soussigné, Nous seigneur de Marolles et du Bois-Saint-Martin, l’exercice du Greffe de nos Justices de Marolles et du Bois-St-Martin estant vacante ... nous avons pourvu et nommé la personne de Louis Pilliot maistre d’écolle demeurant au dit lieu ... Donné en nostre chasteau dudit Marolles ce dix septième avril mil sept cent quinze. Signé : de Marolles."

Texte intégral de cette nomination à la 16 page du dossier

Louis Pilliot II : "Livre journail de Louis Pilliot... maitre d'ecolle et greffier dudit marolles a commencer du 25 novembre 1736 que je eté recû Maitre decole apres le deces de feu Louis Pilliot mon cher père qui a eté aussy Maitre decolle et greffier dudit Marolles le tems de trente cinq ans. Ce livres fait le trente octobre 1767."

Louis Pilliot III : "Je été reçu greffier le vingt trois juilliet de l'année mil sept cent quatre vingt onze par messieurs les officiers municipeaux de Marolles."

Louis Pierre, au XIX° siècle, fut secrétaire de mairie : "L'an mil huit cent vingt neuf le premier jeanvier, j'ai moi, Louis Pierre Pilliot, été reçu sècrétaire de la mairie de la commune de Marolles, sous les ordre de monsieur Leclere maire." Tous extraits : journaux Pilliot AD 77 279 J 1 / 2

 

A la page suivante, nous verrons quelle fut la principale source de revenu des maîtres Pilliot, et peut être aussi leur principale activité.