page d'accueil

Passez la souris sur les
illustrations pour leur légende.
Ctrl + pour agrandir la page

Etienne Fare Charles Huvier/17
vicaire de Marolles 1749/1752
Une lignée de maîtres d'école / 2

Bien des choses avaient changé entre l'école de Louis Pilliot, premier de la dynastie en 1701 et celle de Louis-Pierre Pilliot en 1741. Le premier dépendait de la paroisse; il en était clerc en même temps que maître d'école; le second, de la mairie, dont il était aussi secrétaire. Leur rétribution fut très variable au fil des décennies comme nous le verrons plus loin.
Le nombre d'élèves n'était pas comparable; une grosse poignée au XVIII° siècle, une très forte cohorte au XIX°. Les premiers "Louis Pilliot" ont dû faire classe dans leur propre logement; Louis Pierre ne disposait pas d'une véritable école, mais d'un "petit batiment où je fais l'école".
Après Marolles, Etienne Fare Charles Huvier devint curé de la Chapelle Rablais le 12 juin 1752. Un mois après, il réunit les paroissiens pour définir les conditions d'embauche d'un maître des petites écoles qui "sera tenu 1° de faire l'ecolle aux enfans le lendemain de la commémoration des morts jusq'au premier juilliet et même depuis le mois d'octobre jusq'au premier d'aoust s'il se présente des enfans en assez grand nombre pour luy donner une occupation suffissante." Reste à savoir si le maître des petites écoles qui fut retenu, Louis Guinand, originaire de la paroisse de Marolles, effectua le service demandé de la Toussaint jusqu'aux grands travaux de l'été. Il lui était d'ailleurs prescrit "3° de ne pouvoir entreprendre une moisson dans l'étendue de ladite paroisse, et s'absenter pour tel temps et tel motif que ce puisse être dans la permission de Mr le Curé."
Registre paroissial la Chapelle Rablais en mairie

A Marolles, l'année scolaire était singulièrement plus courte; les travaux agricoles prenant le pas sur la durée de l'enseignement. Au XIX° siècle, Louis Pierre Pilliot étant payé par les parents d'élèves, nota les mois de présence et les sommes perçues. C'est ainsi qu'en 1832, les premiers élèves ne se présentèrent qu'à partir du cinq novembre, puis petit à petit, pendant les mois de novembre et décembre, quelques uns n'arrivant même qu'en janvier et février. Louis Pierre ne fit que cinq colonnes pour les paiements car les cours ne ne prolongeaient pas au delà du 5° mois. On notera aussi les sommes demandées, dépendant du niveau : lecture, écriture, calcul...

Pendant les premières années de la Révolution, Louis Pilliot III nota les noms des élèves et leurs dates d'entrée à l'école, en 1790 : "Les deux Duval et la boudeville avons commancer le dix huitte novembre avenir alEcolle. Le dix neuf novembre la petite meuniere. Le vingt deux la petite duval a commancer avenir alEcolle. Le lundit vingt neuf novembre le petit bony et le petit la Caute avons commancer avenir alEcolle. Le premier decembre louis bellot a commancer avenir alecolle". AD77 279 J 2

En novembre et en mars, après les semailles, les enfants devaient “garder les corbeaux”, avec des crécelles ou des tic-toc-maillets, chargés d' effrayer les oiseaux picoreurs. Les cahiers d'appel de l'école de la Chapelle Rablais des années 1910 montrent encore la désertion des élèves à l'automne : "garde les corbeaux, travaille dans les champs, ramasse des pommes..."

Louis Pilliot III ne recevait pas son traitement par mensualités des parents, il ne prit donc pas soin de détailler les paiements par mois, ni de noter la fin des cours, à l'inverse de son neveu et gendre qui précisa :

 

Quelques actes laissent à penser que l'année scolaire fut plus longue pour les maîtres du XVIII° siècle. Qu'en était-il vraiment ? En 1714, le maître d'école Landrin atteste avoir reçu 36 livres pour avoir "desservy pendant neufs mois" : "Jay soubsigné Loüis Landrin cy devant maitre d'école de marolle confesse avoir receu de Charles Bruneau marguillier en charge de l'église et fabrique dudit marolle la somme de trente six livres dix sols pour avoir desservy pendant neufs mois ou environ audit marolle." AD77 373 G 1 S'agissait-il d'une dette très ancienne, car le maître d'école de Marolles était, depuis 1701, Louis Pilliot, premier du nom, s'il faut en croire les journaux de ses descendants.
Le 22 décembre 1771, Louis Pilliot II trouve un arrangement, que nous détaillerons plus loin, devant l'assemblée des laboureurs de la paroisse "à la charge que je feray lecolle jusque au mois de juin exclusivement." AD77 279 J 1

 

Les Pilliot n'étaient pas maîtres d'école à temps plein, loin s'en faut. On associe souvent le maître d'école avec le secrétaire de mairie, ce fut le cas Louis Pierre au XIX° siècle qui percevait 30 francs pour cette charge; à noter que le remontage de l'horloge lui rapportait aussi 25 francs par an.

Doc : salaires de Louis Pierre Pilliot, maître d'école à Marolles de 1828 à 1841

Avant la Révolution, le maître décole n'était pas secrétaire de mairie, mais clerc paroissial. Il dépendait bien plus du curé que d'un autre édile, tant pour ses fonctions de clerc que celles de maître des petites écoles :
"1. Les Maîtres & Maîtresses d'Ecole seront reçus & approuvés de Nous, dans toute l'étenduë de la Chatellenie, Ville, Doyenné rural de Provins & Lieux en dependans. Nul ne s'ingérera dans cet Employ, sans notre Permission expresse & par écrit ; sous peine de destitution. 2. Ils seront fort soumis à Messieurs leurs Curez & Vicaires, & ne s'absenteront point de la Paroisse plus d'un jour, sans la permission de l'un ou de l'autre."
Chanoine Michel Veissière L'enseignement à Provins aux XVII° et XVIII° siècles Actes du 95° congrès national des sociétés savantes Paris BN 1974

 

Doc : Méthode pour la direction des âmes 1783 / les maîtres d'école

"Des arrangements convenables" avec les habitants : si le curé était le plus souvent à l'origine du recrutement des maîtres, ce n'est pas lui qui se chargeait de leur salaire, mais l'assemblée des habitants qui décidait d'une contribution commune, donnant lieu, le plus souvent, à un acte notarié. On trouve autant de ces "arrangements convenables" pris par les paroissiens que de paroisses; et, au fil des années, le statut d'un maître d'école pouvait sensiblement varier suivant son appréciation par les parents d'élèves, les notables et aussi le curé.

L'instituteur de 1889, dans la monographie qui lui avait été demandée pour le centenaire de la Révolution, n'a pas trouvé d'acte passé entre les paroissiens et Marolles et leurs maîtres. Il est allé en chercher un concernant les maîtres de V.L.B. qu'on reconnaîtra sans mal comme Villeneuve les Bordes (comme pour les extraits d'actes à la page précédente, la "copie littéralement conforme" manquait un peu d'exactitude, car, en 1790, Villeneuve les Bordes était encore nommé Villeneuve le Comte).

Voici ce qui était demandé au maître d'école à cette époque, la fonction de clerc paroissial semblant l'emporter sur celle d'enseignant:
1° Qu'il enseignera tous les enfants de la dite paroisse qui se présenteront à son école, sans distinction
2° Qu'il chantera les dimanches et fêtes, à tous les offices ainsi qu'aux fondations et obits de la paroisse
3° Qu'il sonnera pour tous les offices, l'angélus le matin à midi et le soir, et remontera tous les jours l'horloge
4° Qu'il fera dans son école le cathéchisme deux fois la semaine et qu'il tiendra les enfants dans le respect
5° Qu'il ne donnera congé qu'une fois la semaine
6° Qu'il assistera monsieur le curé dans l'administration des sacrements
7° Qu'il appropriera l'église les dimanches et fêtes en parera les autels des ornements aux jours marqués
8° Qu'il empêchera toute personne de monter à la tour

Doc : un maître d'école à Villeneuve les Bordes 1790

A la Chapelle Rablais, en 1752, le maître était tenu :

1° de faire l'ecolle aux enfans le lendemain de la commémoration des morts jusq'au premier juilliet et même depuis le mois d'octobre jusq'au premier d'aoust ...

2° d'être assidu à tous les offices des dimanches et fêtes, chanter lesdits offices et les obits hauts, de se présenter les jours ouvrables pour sonner et répondre les messes, d'accompagner Mr le Curé ... dans l'administration des sacremens et visitte des malades

3° de ne pouvoir entreprendre une moisson même dans l'étendue de ladite paroisse, et s'absenter pour tel temps et tel motif que ce puisse être dans la permission de Mr le Curé.

4° de sonner l'angelus trois fois le jour, le matin, à midy et le soir...

5° de sonner le jour et la nuinct lorsqu'il tonne (quand bien même il n'auroit pas la charge de sonneur) environ pendant l'espace d'une demie heure.

6° ... de ballayer l'église au moins deux fois le mois et les veilles des grande fêtes... Registre paroissial en mairie

Doc : un maître d'école à la Chapelle Rablais 1752

Doc : le lutrin de Cerneux

A Cerneux, en 1785, le successeur du curé Huvier présida à l'engagement d'un nouveau maître d'école. Il semblerait que, plus que ses qualités de pédagogue, celles de chanteur furent mises en avant, comme le signalait l'instituteur de Marolles dans sa monographie :
"les concurrents se rendaient au lutrin devant une commission composée des notables et des curés. Cette singulière coutume attirait une foule de curieux qui devaient rester témoins muets sur les décisions du jury lesquelles étaient toujours en faveur du meilleur chantre. Bien malheureux le concurrent qui n'était pas doué d'un organe vocal agréable, le même refus l'attendait partout."
AD77 30 Z 372

A Cerneux, en 1785 :
"... s'est présenté en la ditte assemblée Pierre François Levasseur pour remplir les fonctions de maître d'école et de clerc paroissiale lequel, tous d'un commun accord avons reçû et recevons pour remplir sous les ordres et autorité de Monsieur Etienne Robert Naret notre curé et avec lequel nous avons fait le présent traité.
Sçavoir que moy Pierre François Levasseur, m'engage de servir en qualité de maître d'école et de clerc paroissiale laditte église de lad. paroisse de Cerneux, d'y chanter les offices les dimanches et fêtes et autres jours à dévotion; chanter les obits dont l'église est chargée et autre que l'on fait gratis; d'apprendre aux enfans qui seront envoyés à l'école à lire écrire calculer et chanter leur apprendre les répons de la messe et à la servir.
Apprendre le plein chant à ceux de la paroisse qui souhaiteront l'apprendre quoy que âgés...

... D'assister Mr le Curé ou autres prêtres par lui désignés dans l'administration des sacremens, visite des malades et autres fonctions.
De sonner, répondre, ou faire sonner et répondre les messes et autres offices, les jours de dimanches, fêtes et jours ouvrables dans le courant des années.
De balaïer tous les jours le sanctuaire et la nef tous les samedis et veilles de fêtes chomée, d'orner les autels les jours de fêtes et autres jours indiqués, housser lad. église tous les quinze jours
De conduire à la messe les jours ouvriers les enfants deux à deux et avoir soin qu'ils y assiste avec sagesse
Tenir régulièrement les écoles toute l'année excepté les mois de juillet et aout
Commencer l'école en été à sept heures du matin et finir à onze heures, la recommencer à une heure et finir à quatre heures; en hyvert commencer à huit heures et finir à onze heures, la recommencer à midy et finir à trois heures, à la fin desquelles écoles les écoliers seront conduits à l'église devant l'hotel de la Ste Vierge pour y chanter l'antienne du temps
Faire régulièrement trois fois la semaine le cathéchisme suivant l'usage du diocèse, pendant l'avent et le Carême tous les jours leur apprendre leurs prières du soir et du matin leur angélus et bénédicité et leurs actions de grâce.
De former pour le service de l'église six enfans lesquels porteront surplis ou aube
De ne m'absenter de la paroisse sous tel prétexte que ce puisse être sans la permission de monsieur le curé, d'occuper par moy même et non par d'autre la maison d'école
Enfin d'apporter tous mes soins pour que les enfans apprennent avec la lecture, l'écriture et le calcul leur religion les respect la soumission et l'obéissance qu'ils doivent à leurs parents. AD77 3 E 67

Doc : un maître d'école à Cerneux 1785

" ... Ils seront fort soumis à Messieurs leurs Curez & Vicaires... Les maitres les aideront dans les Offices de l'Eglise & fonctions de ministère, & nottamment ils les assisteront dans l'Administration des Sacremens de Saint Viatique & Extreme-Onction; soit de jour, soit de nuit.. Ils commenceront leur Leçon par la Prière, & la finiront de même... Ils feront le Catéchisme deux fois la semaine dans leur Ecole... Ils conduiront eux-mêmes les Enfans tous les jours à la Messe... Nous désirons qu'ils les conduisent de même, s'il est possible, les Jours de Feste & Dimanche, tant à la Messe qu'à Vêpres... Tous auront soin de se présenter à Nous, tous les ans, depuis le premier Janvier jusqu'au premier Dimanche de Carême, pour faire renouveller leur Approbation, ce que Nous leur accorderons seulement, sur les témoignages avantageux qu'ils nous produiront de Messieur leurs Curez..." Bon nombre de ces articles des Réglements et statuts des maîtres d'école de Provins, cités par le chanoine Veissière, montrent la sujétion des maîtres d'école à l'Eglise. Actes du 95° congrès national des sociétés savantes 1974

Doc : maîtres d'école à Provins aux XVII° & XVIII° s.

En plus d'assurer l'enseignement, quelles furent les tâches des Louis Pilliot, sous l'ancien régime? Comme l'instituteur de 1889, je n'ai pas trouvé de contrat, il faut donc piocher dans les archives pour essayer de les découvrir.

Il semblerait qu'ils aient échappé à l'entretien de l'église, comme c'était exigé à la Chapelle Rablais "de ballayer l'église au moins deux fois le mois et les veilles des grande fêtes" puisqu'en 1757, un reçu prouve l'existence d'un bedeau : "Moy Denis Allaix bedeau de la paroisse de Marolles reconnois avoir reçû de Pierre Perrot au nom et comme marguillier en charge de l'église et fabrique de Marolles la somme de six livres pour une année et pareille somme quil lui est deu pour servir l'église laditte année eschüe à Paque 1757 dont je le quitte pour laditte année." Denis Allaix père 1686/1763 était manouvrier et occupa les fonctions de bedeau pendant un demi-siècle.
Archives de la Fabrique de l'église de Marolles AD 77 373 G 11

Que l'on n'imagine pas l'un de ces dodus appariteurs, chargés de maintenir l'ordre au cours des offices et d'accompagner les membres du clergé dans les cérémonies; plutôt un sacristain; quelle nécessité d'un vrai bedeau pour une petite paroisse comme Marolles, 290 habitants en 1793, environ 190 communiants ?

Grand-père, père et fils furent tous clercs paroissiaux. Une note les qualifie de "porte chappe" (chape), chargés d'assister le prêtre au cours des cérémonies. (A la Chapelle Rablais, en 1758, c'est un fermier, Pierre Bordier qui fut qualifié de porte chappe du curé Huvier, et non le maître d'école et clerc paroissial.)
Les journaux Pilliot font surtout état d'inhumations :
"Mémoire des Enterrement que je fait depuis le 24 novembre 1736 que je été reçû Maitre décolle à Marolles jusqu'à l'année 1761 je fait cent dix sept enteremens tant grands corps quenfans." Malgré l'intitulé, la liste correspond aux enterrements effectués à partir de (et non jusqu'à) 1761; je ne résiste pas à la tentation de recopier le premier de la liste, notant le décès de l'une de mes ancêtres; Louis Pilliot II ayant noté le coût de l'inhumation et celui des messes pour le repos de son âme : "Année 1761 Premier Le vingt huit avril 1761 a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse le corps de deffunte Magdelaine Serand femme de Pierre Duval de cinquante sols cy 2# 10 s. plus un stabat pour laditte deffunte pendant un an de cent sols, cy 5 livres." Le journal de Louis Pilliot fait aussi état de mariages et de fiançailles : "Barbier demt au Fay de Choisy me doit quinze sols pour la messe haute de son mariage et cinq sols pour la fiancaille en tout vingt sols". Si les baptêmes ne sont pas cités, c'est parce qu'ils ne donnaient lieu à aucun paiement de casuel (ne pas décourager l'entrée en religion!)
Le clerc avait aussi la fonction de sonneur : "... pour mon droit et sonner 50 sols ... pour les laisses (sonneries de cloche) soir et matin 20 sols". Plus d'informations en suivant le lien ci-dessous : casuel & obits...

Louis Pilliot III n'avait pas tardé à assurer ses fonctions de clerc, assitant du curé : "Le dimanche six novembre 1785 Louis Pilliot mon fils a été reçû maitre d'écolle en ma place ou je été quarante huit ans onze mois onze jours mtre d'écolle ayant été recu le 25 novembre 1736. Le 7 novembre 1785 inhumation de Jean Marchand faite par mon fils qui est son premier enterrement."

Doc : casuel & obit à Marolles
Doc : fonte de cloches à Marolles en 1857/1858

 

 

 

 

Documents