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Etienne Fare Charles Huvier/19
vicaire de Marolles 1749/1752
Une lignée de maîtres d'école /4

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La principale source de revenus des maîtres Pilliot est révélée dans une nouvelle convention avec les laboureurs, le 22 décembre 1771, qui sembla tellement bénéfique à Louis II qu'il les invita pour un souper plus que copieux, et fort coûteux : "Le 15° novembre 1772 Le soupé des laboureurs / 1° une paire de poulle d'Inde de 3 livres 6 sols / 2° six livres de porcq en tourte 2 livres 2 sols / 3° plus six livres de porcq pour rotir à 7 sols la liv. 2 livres 2 sols / 4° plus une bouteille d'eaux de vie 1 livre 7 sols / 5° plus une livres de chandelle de 12 sols / 6° plus de la salade pour 1 sol / 7° plus de l'huille d'olive pour 11 sols /Et on a fait la tarte / total 11 livres 7 sol " (soit l'équivalent du paiement annuel de quinze manouvriers).

Doc : souper des laboureurs donné par Louis Pilliot le 11 novembre 1772

 

 

Il faut avouer que le boisseau par charrue dû par les laboureurs ne représentait pas grand chose, tant en quantité de blé qu'en numéraire. On peut calculer la valeur d'un boisseau en se basant sur l'édit royal du 13 mai 1768 recopié par le curé Huvier, donnant les valeurs en blé comme en numéraire de la portion congrue des curés et vicaires. "La portion congrue des curés & vicaires perpétuels, tant ceux qui font établis, à présent, que ceux qui pourroient l'étre à l'avenir, sera fixée à perpétuité à la valeur en argent de vingt-cinq septiers de blé froment, mesure de Paris... La valeur en argent desdites portions congrues, sera & demeurera fixée, quant-à-présent; savoir, celle desdits curés & vicaires perpétuels à cinq cent livres.." (Un vicaire ne devant percevoir que 10 setiers ou 200 livres). Note du curé Huvier dans le registre de Cerneux
Vingt sept setiers pour cinq cents livres; la valeur du setier était de 18 livres, si on calcule pour les curés (et vingt pour les vicaires); comme il y a 12 boisseaux par setier, un boisseau valait environ une livre et demie, soit 30 sols; la part des laboureurs par charrue était environ le double de celle des manouvriers, 15 sols, pas plus.

Doc: portion congrue, dîmes et novales

 

 

Le 22 décembre 1771 se tint une assemblée des laboureurs concernant la rétribution du maître d'école. Ils continuaient à lui fournir des boisseaux de blé, ainsi qu'il en est fait mention dans le journal : "Mr Lefevre me doit quatre boisseaux de bled raclé pour l'année 1780 échu à la Saint Martin plus 4 autres boisseaux pour l'année 1781. Plus quatre autres boisseaux pour l'année 1782 échu à la Saint Martin."

 

 

Il s'engageaient aussi à effectuer des travaux gratuits sur les terres du maître d'école : "A commancer aux premier jour du mois de mars de l'année 1772 les laboureurs de Marolles se sont obligés par un acte d'assemblée tenue le dimanche 22 décembre 1771, de labourer gratis 3 à 4 arpent de terre à moy par solle et me charier aussy gratis tous mes foins bled, et avoine, à la charge que je feray lecolle jusque au mois de juin exclusivement et enseigner les enfans desdits laboureur gratis."

Ce nouvel arrangement valait bien "deux poules d'indes" et une douzaine de livres de "porcq" ! On y découvre aussi que les revenus de Louis Pilliot provenaient bien plus de ses activités d'agriculteur que de celles de maîtres d'école. Une image d'Epinal, la Loterie des métiers, compare plaisamment les degrés de fortune de l'un comme de l'autre.

 

 

Dans les contrats d'autres paroisses, déjà évoqués, de petites parcelles de terre étaient prévues pour la rétribution des maîtres d'écoles. A Villeneuve les Bordes, en 1790 : "... la jouissance de (blanc) arpents de terres, d'une maison avec son jardin et d'une planche de terre d'une contenance de (blanc) perches ou environ; l'herbe du cimetière..." A Cerneux en 1785 : "... De plus il luy appartiendra les herbes et fruits du cimetière à la charge par lui de l'entretenir et de le fermer. Plus il jouira de deux arpents de terre par saison dont jouissoit cy-devant Louis Paillard et aux mêmes conditions." A la Chapelle Rablais 1752 : "... nous consentons aussy qu'il jouisse de l'herbe & des fruicts qui peuvent croître dans le cimetière, à condition néamoins que s'il n'a pas à exercer les fonctions de sonneur et de fossoyeur  il sera tenu de partager laditte herbe & fruicts avec celuy qui aura la charge se sonner et  de fossoyer." (Louis Guinand n'eut pas à creuser des tombes, Edme Sonville s'en chargea, du moins jusqu'à son décès en 1756, à l'âge de trente ans.)

L'herbe et les "fruicts" du cimetière faisaient aussi partie de la dotation du maître d'école de Marolles: "1772: Mr Lefèvre a charrié le foin du cimetière. 1773: Mon frère a charrié le foin du cimetière."

Doc : un maître d'école à la Chapelle Rablais 1752
Doc : un maître d'école à Cerneux 1785

Doc : un maître d'école à Villeneuve les Bordes 1790



Louis Pillot possédait des terres, mais n'était pas "laboureur" pour autant, il lui manquait le matériel agricole et, surtout, le cheval. Un cheval qui fit bien défaut à Louis Pierre quand ses filles, gravement malades, sont revenues à Coulommiers par la diligence de Paris; il leur restait plus de sept kilomètres à parcourir pour rejoindre Marolles. Perrine : "De retour à Coulommiers, j'ai été la chercher à l'arivée de la diligence mais elle ne pouvait revenir de Coulommiers chez nous à pied, il a fallut qu'elle monte dans la diligence de la Ferté, jusqu'au chemin vicinal de Marolles; étant là je la pris sous le bras..." Louis Pierre emprunta une charrette puis une voiture pour ramener Aspasie de Coulommiers : "les douleurs quelle avait dans le coue la faisait souffrir beaucoup, elle ne pouvait pas aller de Marolles à Coulommiers à pieds, il a fallut prendre une charrette pour aller prendre la diligence à Coulommiers"... Aspasie, un autre jour: "elle arriva le soir à Coulommiers à neuf heures du soir je suis parti à Coulommiers le soir avec une voiture à soupente à M. Pottier".

Doc : Maladies et décès des enfants de Louis Pierre Pilliot, quelques remèdes...
Recherches sur les chevaux à la 16° page des voituriers thiérachiens à la Chapelle Rablais

S'il n'avait pas de cheval, Louis Pilliot possédait plusieurs vaches : "nous avons mener notre vache blanche au robin le 22 juillet 1795 an 3e / nous avons mener notre vache brune au taureau le 26 aouts 1795 an 3e ou neuf fructidore/ notre petite vache est pleine du 8 septembre 1801 / nous avons mener notre vache nouvelle au Robin le 2 brumaire 24 octobre 1801"
Notons qu'en bons Briards les Pilliot n'hésitaient pas à employer le patois : robin pour taureau,
"La vache fée qué d'beurler, al ée au robin." Auguste Diot, Le patois briard, fillot pour filleul, gué pour mare, maquet pour meule et "maison" pour la pièce à vivre, citant Perrine devant l'impossibilité de monter l'escalier pour rejoindre sa chambre : "Je suis pourtant bien de dessus mon lit, je suis en face de la pendulle à ma pauvre soeur, je vois l'heure qu'il est quand je serai dans notre maison, je vairai la pendulle à mon pauvre frère Pilliot..."

(Que l'on m'excuse de mêler des archives de Louis Pilliot II (l'assemblée de laboureurs), celles de Louis Pilliot III (les vaches) et celles de Louis Pierre (l'absence de cheval), mais les archives sont lacunaires...)

Avant l'usage des engrais chimiques, les cultivateurs étaient obligés de laisser reposer la terre pendant une année de "jachère" avant de semer les "bleds", puis, l'année suivante, les "mars". Le territoire était divisé en trois soles.
Les laboureurs de Marolles s'engageaient à
"labourer gratis 3 à 4 arpent de terre à moy par solle"; la superficie des terres de Louis Pilliot devait être de trois fois 3 à 4 arpents, entre 9 et 12 arpents, soit environ la moitié en hectares.

Exploitant environ cinq hectares, Louis Pilliot faisait partie de ces cultivateurs à la limite de l'indépendance ; un quart des ruraux, un autre quart possédant plus de 10 hectares, et la moitié, moins de deux hectares devait se louer pour subsister : ouvriers agricoles, valets de ferme, manouvriers, journaliers ...
Le maître d'école louait aussi des terres :
"Payé a mr Lefevre marguillier l'année 1773 pour les trois morceaux cy dessus je suis a bout du moreceau de Nongerard que la veuve Allaix m'avoit recédé il est reloué je payé la dernière année de jouissance a Batier marguillier pour l'année 1774 a la saint Martin"; il arrondit aussi ses possessions en achetant pour 25 livres 4 sols "vingt perches de bois taillis nouvellement planté scize proche la guarenne de Marolle ... compris vingt quatre sols pour les épingles de laditte femme". Par épingles, comprendre "pot de vin" qui pouvait représenter de 5 à 10% du montant total. Définition : Dictionnaire de l'Ancien Régime, article "Baux ruraux"

"Cordellier a labouré 30 p du bois Lamarre ... Louis Nivert ma fait en tremois le demy arpent des pré de la Croix le 20 mars 1772 Gratis... 62 gros maquets (meules) une grand voiture a quatre chevaux... Le mois de may 1773 mr Perot ma charier trois voyages de bois aux bois de Ranchien..." Les laboureurs ont rendu, gratuitement, quarante cinq services à Louis Pilliot pour les années 1772 et 1773: vingt sept labours et dix huit charrois de bois, fagots, fumier, foin, blé des "dépouilles", c'est ainsi qu'il nommait les récoltes. Le maître d'école/cultivateur a quelquefois converti la redevance d'un manouvrier (15 sols l'année) en service : "Louis Laniesse nous a fait notre chanvre en l'année 1772 ce qui fait qu'il ne payera point les 15 s. de laditte année que paye les manouvriers ... le pere Christophe a fait un bout de fossé a la terre de l'Epinette le mois de Decembre 1773, ce qui paye pour l'année 1773."

Doc : mémoire & assemblée des laboureurs 1766 / 1771

On peut imaginer la charge de travail de Louis Pilliot pour mettre en valeur les vingt sept parcelles citées dans l'acte de décembre 1771, sur le terroir de Marolles, mais aussi des paroisses voisines, Amillis, Chailly, Choisy : "4° lot 1/2 arpent de terre aux Morils; 22 perches de terre au Buisson aux Dames à Choisy; 25 perches de terre à la vigne au Grand Père à Choisy." d'après le quart sur l'héritage de son père perçu par Louis III en 1756. 279 J 3 succession Pilliot chez le notaire Fasquel
On comprend bien pourquoi les années scolaires furent si courtes. Elèves comme maîtres étaient occupés aux travaux des champs, dès la mauvaise saison passée.

Pour aider leurs parents, les enfants Pilliot revenaient pour les moissons :
Louis François Sylvain, maître d'école à Bezalles, fils de Louis Pierre :
"Ce cher enfant venait tous les ans nous aider à couper nos blés et les rentrer."
Théodore Gédéon, fils de Louis II : "Le lundy 2 juin 1783 Théodore Gédéon Pilliot (dit Jude) a été à la Ferté Gauché chez Monsieur Lefort maitre cordonnier pour apprendre le métier de cordonnier... nous avons été convenir du prix qui a êté arreté à la somme de cent trente cinq livres pour dix huit mois... duquel tems il aura ses deux moissons et il refera du tems pour cela...  Jude est revenu en aoust le jeudy 24 juillet au gite et il a retourné chez son maitre le lundy 1e septembre 1783. Jude est venu en aoust le lundy 26 juillet 1784. Jude a retourné chez son maitre de la moisson le 10 septembre 1784.
Citations : journal de Louis Pilliot AD77 279 J 2

 

Grâce à leurs revenus agricoles, les Pilliot ont évité l'état de misère qui était le lot commun de bien des maîtres d'école "En fait, il est quasiment impossible de vivre uniquement du métier d'enseignant et d'assurer une vie de famille." Nos ancêtres vie et métier n°19
Ils ont pu avoir une servante, pas cher payée, comme bien des domestiques, en chaussons, bonnet, bas et mouchoir et 24 livres par an (la contribution de plus de trente manouvriers) : "Je dois à ma servante 24 # de l'année dernière 1796 plus je lui devrez 60 # à la Saint Jean 24 juin 1798 plus je lui dois douze livres pour des bas chosons et autre bonnet mouchoir. Sur quois je lui ai donné 6 # le 17 décembre 1797"
Louis Pierre a été en état de rembourser de fortes sommes, suite aux décès de ses enfants. Un "Etat des reçu que j'ai payé pour mon fils Louis François Silvain Pilliot de son vivant instituteur à Bezalle" fait état de plus de six cents francs de dettes, non par mauvaise gestion du fils, mais à cause de l'usage généralisé du paiement différé aussi bien chez les fournisseurs courants, boulanger (voir le lien ci-dessous), épicier qu'exceptionnels comme l'horloge livrée, installée, dont le paiement était encore dû après la mort de Louis François. A son décès, Aspasie n'avait pas encore réglé la totalité des mille cinq cents francs que lui avait coûté l'achat de son pensionnat : "Aspasie m'avait laissé beaucoup de dette ne mourant, elle n'a pas eu le temps de gagner pour acquitter le pensionnat qu'elle avait acheté." Ce n'est certainement pas avec les trois ou quatre cents francs qu'il percevait pour son salaire de maître qu'il aurait pu faire face à ces très fortes dépenses, d'autant que l'héritage de son père n'avait pas été bien conséquent.

Doc : salaires de Louis Pierre Pilliot, maître d'école à Marolles de 1828 à 1841
Doc : livre de comptes d'un boulanger, tailles, paiements différés

Louis Pierre put s'offrir le luxe d'une comtoise, bien qu'il ait habité près de l'église dont il remontait l'horloge : "L'an mil huit cent vingt neuf, le dix neuf mars moy Louis Pierre Pilliot a achetez une pendulle que l'on nomme Contoise faite en cuivre et assiée, araison de soixante quatre franc la pendulle, et a garentire pendant une an entier, ladite pendulle répette les heure et a été montée le dix neuf mars 1829 par Lalement qui me la vendu qui est George.
Le trente avril mil huit trente j'ai donné au sieur Gorge Warlet horlogér la somme de quarante francs. Du quinze décembre 1830, avoir donné au sieur Gorge horlogé cinq francs. Du huit juin 1831 ... la somme de sept francs. Du dix septembre 1831 ... la somme de huit francs."
François Sylvain et Aspasie achetèrent aussi une horloge (que leur père finit de payer après leurs décès, voir le lien ci-contre)

 

Doc : les horloges des Pilliot

 

Après ce long détour pour découvrir la lignée des Pilliot, maîtres d'école, clercs paroissiaux, greffiers de la prévôté de Marolles (et cultivateurs ! ) il est temps de reprendre le fil de la vie d'Etienne Fare Charles Huvier. Vicaire à Marolles, il deviendra curé à la Chapelle Rablais...