page d'accueil

Etienne Fare Charles Huvier/24
curé de la Chapelle Rablais 1752/1759
Restaurer le prestige de l'église

Passez la souris sur les
illustrations pour leur légende.
Ctrl + pour agrandir la page

La modeste église de campagne où officia Etienne Fare Charles Huvier entre 1752 et 1759 était loin d'avoir l'aspect pimpant que lui apportèrent une restauration récente et des embellissements plus anciens.
Au temps du curé Huvier, point de statues sulpiciennes, ni de vitraux datés de la fin du XIX° siècle, offerts par le châtelain Debrousse, de même que l'autel (aujourd'hui, face aux fidèles ce qui n'était pas le cas voici 250 ans). La petite chapelle latérale n'existait pas, une plaque apposée par la châtelaine Rigaud, la faisait remonter à l'époque de Latour Maubourg, au début du XIX° siècle : "Sur cet emplacement était tombée en ruines une chapelle dite de la famille de Maubourg. L'an 1904, cette chapelle a été réédifiée grâce à la générosité de Mme Rigaud propriétaire du château des Moyeux./. Abbé Girardin." Elle était plus ancienne, bénie le 16 décembre 1759 : "La Nouvelle chapelle construite aux frais et dépens de M Desmoyeux a côté et au septentrion du choeur de l'Eglise de ce lieu sous l'Invocation de la très Sainte Vierge en observant les Ceremonies accoutumées."
Etienne Huvier n'a du connaître qu'une église très simple, sans ornements, et que l'on imagine froide et passablement décrépie.

Dans une "notte"en marge du registre de 1752, Etienne Huvier précise: "C’est moy qui ai commencé dans cette paroisse à faire sonner L’angélus à midy, à faire chanter les commandemens de Dieu et de l’église à la fin du prône, et à faire la prière après complies." On sent que le curé Huvier n'approuvait pas la conduite du rituel par son prédécesseur; c'est le sujet de cette unique note sur son sacerdoce, car le curé fit rarement mention de son quotidien. Il faut chercher dans les nombreuses "nottes" sur les finances de la cure et sur la réfection des objets de culte pour trouver trace de la volonté du nouveau curé d'augmenter le prestige de l'église, et de son ministre "ad majorem dei gloriam".

 

Malgré l'augmentation du coût de la vie au XVIII° siècle, le bénéfice de la cure diminua sous le curé Bureau: "le gros de laditte cure qui conciste au droit de grosse, Menue et verte dixme, lainage et essartage dans toute l'étendue de laditte paroisse, a toujours esté estimé dans le commun usage sur le pied de dix huit cent livres, qu'il y a eu des baux faits par les précédens curés a seize cent livres, Sur le dernier Bail fait par ledit sieur Bureau avant qu'il fasse valoir lesdittes dixmes pour luy mesme estoit de quinze cens livres"
Minutes du notaire Pierre Joseph Vaudremer AD77 188 E 60

Le salaire minimum versé aux curés n'ayant pas de "bénéfice", la "portion congure", augmenta notablement, de trois cents livres au début du XVII° siècle, à cinq cents livres en 1768 pour atteindre sept cents livres à la veille de la Révolution; alors qu'à la Chapelle Rablais, le curé Bureau, après avoir perçu mille huit cent livres, n'en récoltait plus que mille six cents, pour terminer à mille cinq cents. Il est vrai que le "bail des dixmes" variait suivant les années, comme on le verra plus loin. Il semble cependant que l'ancien prêtre ait montré quelqu'indolence à percevoir son bénéfice, destiné à son usage propre amis aussi à l'entretien d'une partie de l'église.

Etienne Fare Charles Huvier remit de l'ordre dans les finances. Quelques semaines après son arrivée, il fit rappeler à l'ordre un manouvrier, locataire de "deux arpens de bled froment et trois arpens d'avoine" auprès de la Fabrique de l'église ayant omis depuis deux ans d'en régler les "loÿers échus" "il promet et s'oblige et même par corps de mener conduite et charrier tous les grains de bled et d'avoine ... dans la grange apartenante au sieur Huvier prestre curé audit lieu de la Chapelle fidellement et sans en obmettre aucune chose, pour y être battus et ensuite conduits au marché d'icelle ville de Nangis..."
Acte du 25 juin 1752 Minutes du notaire Vaudremer AD 77 108 C 56

Doc : acte entre Jacques Cercellier et la Fabrique de la Chapelle Rablais

Il n'eut de cesse d'essayer d'augmenter -de restaurer ?- le prestige de sa modeste église de village. Deux ans après son arrivée à la Chapelle Rablais, il y effectua des réparations d'urgence que nous découvrirons plus loin. "Le clocher et le befroy menaçoient ruine". Les cloches sonnaient-elles encore si leurs moutons (pièce de bois visible sur la photo) et leur beffroi (la charpente de bois qui désolidarise les cloches de la maçonnerie) étaient à remplacer d'urgence?
Notes à propos des réparations à l'église du 6 janvier 1754 à septembre 1755

Il proposa aussi de "faire des ouvertures au clocher pour que le son des cloches se communique aux hameaux écartés de cette paroisse."
Les cloches rythmaient le temps de la paroisse, pour l'appel au culte, évidemment, mais aussi pou rythmer le temps de travail "sonner langelus trois fois le jour, le matin, à midy et le soir; sçavoir en été le matin à quatre heures et le soir à huit heures; dans l'hyver depuis le premier octobre jusqu'à Pâques six heures le matin et le soir à sept heures." et convoquer aux assemblées des habitants : "Nous soussignés Sindic, marguilliers corps et comuneauté d'habitans de la paroisse de la Chapelle Arablay dioceze de Sens assemblés en grand nombre au son de la cloche à l'issu de la messe paroissiale en manière accoutumée... "
Le curé était maître des cloches et entendait bien en user pour faire coïncider le temps des paroissiens avec celui de l'église.

Le curé Huvier nota les divers embellissements qu'il apportait au décorum de l'église, en faisant restaurer les objets du culte. A la Toussaint 1757 : "une chasuble verte et blanche garnie de l'étolle, bourse, manipule et voile de calice" le 25 mai 1758 : "Ayant trouvé dans le coffre de l'église une tunique de satin ornée galon d'or, cette tunique de satin rouge à fleurs ne servant plus j'ai fait faire une chasuble et une étolle par nicolas (Pescheloche) (tai)lleur d'habits"; le 19 juillet 1758, un calice, une custode, "les vases des Saintes huilles"; "Le Lundy vingt un aoust 1758 et jours suivans nicolas françois Pescheloche garçon tailleur d'habits à ... avec calemonde blanche et galons de soye jeaune. La chasuble, l'étolle et le manipule où il y à des carés de poinct de tapisserie..." La première utilisation de ces ornements donnait lieu à une bénédiction : "[Tous]saint 1757 après l'absoute, authorisé de Son Eminence le Cardinal de Luynes paul D'albert notre respectable archeveque, j'ai béni à l'autel, présence du peuple, une chasuble verte et blanche garnie de l'étolle, bourse, manipule et voile de calice."

Il faisait remarquer à chaque fois le délabrement des objets du culte, petite pique en direction de l'ancien curé : "le calice de cette église dont la couppe étoit fendue en plusieurs endroits, et dont le montant du pied déversoit, ce que j'ai trouvé en cet Etat Lorsque je suis entré dans cette paroisse... les deux chappes rouges, les deux vertes et une violette, ces chappes ainsy que les blanches étoient depuis longtemps hors d'état de pouvoir servir..."

Doc: restauration des objets liturgiques

Petite parenthèse : Etienne Fare Charles Huvier a confié ses travaux d'aiguille à Nicolas Pescheloche, "tailleur d'habits", né et résidant à Avize, dans la Marne. Nicolas Pescheloche était l'un de ces artisans itinérants, très nombreux en Brie, mais n'ayant pas toujours laissé de traces. Par chance, dans les archives de la Chapelle Rablais, déposées aux AD77, on trouve près de deux cents "passeports pour l'intérieur" du début XIX° siècle, dont la moitié concerne des travailleurs migrants : maçons de la Creuse, scieurs de long du Forez et du Velay, charbonniers de la foret d'Othe, voituriers débardeurs de bois de la Thiérache, moissonneurs migrants, rémouleurs et cordonniers de Lorraine que l'on pourra retrouver dans de longues pages rédigées et des bases de données généalogiques.

Les passeports, voyageurs itinérants, migrants, page des choix
Documents sur les migrants en Brie, bases de données généalogiques

 

Etienne Fare harles Huvier fit plusieurs fois régler, sur les fonds de la Fabrique, vêtements et ornements sacerdotaux qu'il aurait dû payer sur sa cassette. Toussaint 1757 : "Cet ornement à été achepté des deniers de la fabrique et à couté frais fais la somme de soixante dix livres quatre sols.". Le 19 juillet 1758 : "Les réparations faittes au calice et l'achapt desdits vases ont couté la somme de cinquante huit livres quinze sols. cette emplette à été faitte françois Lefevre etant marguillier en premier et jean Bordier marguiller en second"

Alors que les finances du prêtre et celles de la Fabrique auraient dû être distinctes comme le montre cet extrait de l'Encyclopédie de Diderot :"Il y a trois principales charges qui se prennent sur les grosses dixmes, savoir, 1° les réparations grosses & menues, même les reconstructions des églises paroissiales, ce qui ne s'étend néanmoins qu'au choeur & cancel, la nef étant à la charge des paroissiens, de même que le clocher, quand il est construit sur la nef : 2° la fourniture des ornemens nécessaires, tels que les chasubles, calices, livres d'église, &c. 3° le payement de la portion congrue des curés & des vicaires." Encyclopédie de Diderot, article "dixme" 1751

Une lettre du curé à François Bougault, marguillier en charge en 1756, montre bien l'intervention du prêtre dans la préparation du renouvellement des baux de terres et prés loués par la Fabrique : "Après avoir considéré la quantité de terres qu'il y avoir à loüer le 25° du courant et les difficultés qui se rencontrent ordinairement dans une pareille adjudication, j'ai jugé à propos pour accelerer, de comançer dimanche dernier, j'y ai été au moins deux heures 1/2 après ma messe et depuis la fin de vespres jusqu'à six heures passées. Je vous envoie les deux baux où vous trouverez les tenans et aboutissans avec deux papiers qui vous serviront pour comançer le bail..." Il ajoute "au moyen de ce bail me voila un peu tranquil pour 9 ans" alors qu'il n'aurait pas dû être concerné par la location de ces terres ne dépendant pas de la cure. Ne voulant peut être pas laisser de traces, il mit en post-scriptum "Je vous prie d'apporter ou de me renvoyer les deux papiers cy joints." S'y dévoile aussi une petite facette de l'intimité du curé "Mes respects à Mtre Vaudremer, je salu la petitte famille dans laquelle je comprends bien l'aimable chouchou." Lettre jointe aux minutes notariales du notaire Pierre Joseph Vaudremer AD77 188 E 64

Doc : extraits de la lettre du curé Huvier au marguillier à propos des baux de la Fabrique 1756

 

 

Ces dépenses de prestige auraient-elles pu servir pour des actions sociales dont il ne fit jamais mention dans le registre paroissial de la Chapelle Rablais? Il est vrai que les archives sont parcellaires et que l'on ne peut affirmer avoir tout découvert sur le curé Huvier et sa pratique sacerdotale. Il est certain qu'il avait dû rédiger, comme plusieurs de ses parents, un livre-journal, ne serait-ce que pour y noter ses comptes, passablement complexes comme on peut le constater dans le "compte d'exécution testamentaire" du curé Bouflers à Courtacon rédigé par le curé Huvier, chargé de sa succession.

Doc : les finances d'un curé briard au XVIII° siècle, compte d'exécution testamentaire du curé Bouflers

Mais, pas plus que la Fabrique, dont les comptes ne montrent aucune autre dépense que celles de l'entretien de l'église, les notes du curé Huvier ne révèlent aucune action charitable. Peut être n'a-t'il pas songé qu'il aurait pu soulager la misère de quelques journaliers, ou peut être ne les a-t'il pas noté ses bienfaits, considérant qu'ils faisaient partie du quotidien de son sacredoce, qu'il ne détaillait pas.

Doc : les comptes de la Fabrique de la Chapelle Rablais, avant confiscation des biens du clergé

Etienne Huvier ne ménagea pas ses efforts pour installer un nouveau maître d'école, comme on le verra à la page suivante et officialiser la présence d'une sage-femme dans la paroisse :
"Ce jourd'hui quatorzieme jour de janvier mil sept cent cinquante trois, Margueritte Bectard femme d'antoine Rondinet manouvrier demeurant en cette paroisse ayant obtenu de Mr Le lieutenant des chirurgiens de Melun des p(rov)isions en bonne forme à l'effet de pouvoir exerçer dans l'étendue de notre paroisse les fonctions de sage-femme après luy avoir fait subir un examen suffisant sur la matiere et (la) forme du Sacrement de baptême, et luy avoir donné les avertissemens nécessaires pour s'acquitter chrétiennement desdites fonctions, nous avons lesdits jour et an que dessus reçeu d'elle en la maniere accoutuméé la prestation de serment." Registre en mairie et 5 Mi 2828 p 161
Etienne Huvier nota la prestation de serment d'une sage femme dans le registre paroissial. On pourrait croire qu'avant janvier 1753, la paroisse en aurait été dépourvue, ce qui n'est pas exact: Marguerite Bectard, âgée de 59 ans en 1752, officiait avant la venue du nouveau curé, tant pour mettre les enfants au monde que pour "ondoyer" les nourrissons en danger de mort. Cet acte se contentait de donner un statut officiel à l'action de la sage-femme existante.

Doc : modèle de serment de sage femme