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Etienne Fare Charles
Huvier/25 |
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Le premier dossier d'importance qu'eut à régler Etienne Fare Charles Huvier dès son arrivée à la Chapelle Rablais, en mai 1752, concernait l'embauche d'un maître d'école. Car il n'y en avait point dans cette paroisse. C'est du moins ce qu'affirmait le nouveau curé dans l'une de ses "nottes", bien rongée des vers. Mais le registre paroissial ne confirme pas cette affirmation : "ont été présents à son inhumation ledit Jean Berthier et Marie touraille lesquels ont déclaré ne Sçavoir et Nicolas Legé, maître des petites qui a signé avec nous les présentes" Acte de décès du premier janvier 1752. Nicolas Légé faisait bien fonction de maître d'école et de clerc paroissial, avant l'arrivée d'Etienne Huvier. |
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Il semblerait bien
que, tout curé qu'il était, Etienne Huvier ait un peu versé
dans la "vérité alternative". Et qu'il ait suivi ce
penchant au moins une autre fois. Quand il fut curé de Cerneux, en
1759, il eut accès aux anciens registres paroissiaux, qu'il relut et
quelquefois agrémenta de ses "nottes"; l'une concernait l'inhumation
du curé Guichard, le 28 juin 1754 : "inhumation de maître
François Guichard curé/ dispersis dedit pauperibus justitiam
ejus... Il a répandu sa justice parmi les pauvres". Mais pourquoi
a-t'il ajouté sa signature "Huvier curé de la Chapelle
Rablay" à la suite de celle de ses confrères sur l'acte
de décès? Elle tendrait à montrer qu'il était
à Cerneux le 28 juin 1754. Or, le même jour à la Chapelle
Rablais, il a assuré l'inhumation d'un "Petit Paris", Louis
François Dubreuil, décédé chez sa nourrice Anne
Boutillier. Cerneux est distant d'une quarantaine de kilomètres de
la Chapelle Rablais. Près de trois heures sur un cheval au trot (14
kms/h), le double avec un cheval au pas!
Cette petite falsification
ne pouvait être lue que par son successeur à la cure de Cerneux
où, en 1759, dès son arrivée, à l'âge de
trente cinq ans, il avait prévu de terminer ses jours, comme le montre
une note qu'il copia deux fois dans les pages vierges des registres antérieurs:
le curé Huvier établit en latin une liste de ses prédécesseurs
à Cerneux depuis 1556 jusqu'à 1759, en notant l'emplacement
des inhumations de ses prédécesseurs à l'intérieur
de l'église; en fin de liste, il envisagea aussi la sienne "inhumatus
in (rayé probablement : cimitiero) propé ecclesiam ad pedes
crucis die" (die: jour et non dei: dieu, la faute de latin n'est pas
de moi!) Pour simplifier,
l'ajout à l'acte de décès du curé Guichard ne
devait être lu par personne avant plusieurs décennies. Il semblerait
qu'Etienne Fare Charles Huvier se soit fait un petit plaisir personnel, associant
son nom à la lignée de ses prédecesseurs, comme il le
fit pour la liste des inhumations. Il n'est pas exclu, sans aucune certitude,
qu'Etienne Huvier ait connu le curé Guichard et ait voulu lui rendre
un hommage posthume. (Il est possible qu'il ait fréquenté Cerneux
avant d'y être nommé comme pourrait le montrer la provenance
de son domestique en 1758, "jacques Renier mon domestique natif de Bazoches
près Provins"...)
"... y avoit
point de mtre décolle depuis plus de ... ans" cette affirmation
sur l'absence d'un maître fut un peu nuancée dans une autre note
: "Ledit Nicolas Légé dont ... point
reçeu .. de maître Bureau ... fonction de maître decolle,
il ... " Comme pour la sage-femme qui exerçait sans y avoir
été dûment autorisée par les autorités
"nous avons lesdits jour et an que dessus reçeu d'elle en la maniere
accoutuméé la prestation de serment", la nomination
de Nicolas Légé ne devait rien avoir d'officiel. Pour le curé
Huvier, il exerçait sans titre. Il pouvait le vérifier en consultant
le "registre contenant les delliberrations D'assemblées
des habitans de la Chapelle Arablay dioceze de Sens, ledit registre cotté
et paraphé par premier et dernier feuillet le douze juilliet mil sept
cent cinquante de par Mr Martin Bailly, de Nangis" auquel il fit
référence dans l'acte que nous découvrirons à
la page suivante.
L'existence d'une communauté des habitants de la "Chapelle Lablay" est attestée depuis 1560 quand Louis Bellyneau, marguillier, représentait le "tiers état" lors de la rédaction de la coutume de Melun; Mathieu Coupe, curé et Louis Desmachins, seigneur de la Chapelle Rablais, y représentaient les deux autres ordres. Doc : Almanach historique et topographique du département de Seine et Marne 1909
Les habitants se réunissaient sans régularité, quand il en était besoin : pour estimer la valeur de la cure, juste avant l'arrivée du nouveau curé, pour renouveler les baux de terres de la Fabrique, pour nommer un collecteur de la taille, pour financer des travaux ou l'embauche d'un maître d'école, pour choisir un nouvel "homme vivant et mourant" à présenter au seigneur...
"Tous les chefs
de feux, quel que soit leur sexe, peuvent participer à l'assemblée.
On aurait tort, cependant, d'en conclure à l'existence d'une démocratie
directe... Un fort absentéisme sévit à l'assemblée.
Les veuves cessent, le plus souvent dès le courant du XVIe siècle,
de venir à l'assemblée. Les moins riches font de même,
peut-être par sentiment d'impuissance dans des réunions au sein
desquelles la notion de majorité est encore peu établie. C'est
en effet « la plus saine partie » de l'assemblée qui l'emporte..."
Le notaire, souvent présent, détaillait la liste des présents (source intéressante pour les généalogistes). A la Chapelle Rablais, en plus du syndic, représentant laïc de la communauté, des marguilliers chargés de gérer la Fabrique, du curé, on trouve les laboureurs, fermiers aisés et les manouvriers. Soixante cinq hommes assistèrent aux réunions, sur un peu plus d'une centaine de chefs de famille (97 feux, 260 communiants, 500 habitants, avant la Révolution). Je n'ai relevé aucune femme, même veuve, et aucun des nombreux travailleurs saisonniers qui, s'ils étaient quelquefois "habitants de fait" n'étaient pas "habitants de droit" en Brie. Y venaient plus rarement, quand le financement était plus important, le châtelain des Moyeux et les propriétaires des fermes, le plus souvent représentés par un fondé de pouvoir (dont l'ancien curé Bureau).
Le curé, le syndic ou un marguillier
pouvait présider l'assemblée, suivant l'objet de la réunion;
car, si le curé avait un statut privilégié, il n'était
pas le seul à présider les assemblées : "Les
assemblées de la fabrique, auxquelles le curé peut assister,
si bon lui semble; et si ce n'est pas lui qui convoque les assemblées
extraordinaires, du moins doit-il en être averti et y être invité.
Le rang d'opiner des curés, & à cet égard l'arrêt
du parlement du 23 jullet 1707, a réglé que le curé signeroit
le premier les délibérations, & opineroit immédiatement
avant le président de l'assemblée qui doit opiner le dernier...
Les contestations entre le curés et les marguilliers ne sont pas mal
fréquentes, soit parce que les curés n'aiment point le partage
de leurs droits ou de leur autorité, soit parce que les marguilliers
en prennent quelquefois trop au préjudice du ministère..."
Dans les actes qui témoignent des assemblées paroissiales,
la signature du curé figure effectivement en première place
à la fin du document.
La convocation suivait toujours le même rituel : "Aujourd'huy dimanche vingt cinq aoust mil sept cent cinquante quatre en l'assemblée généralle des sieurs propriétaires de biens et habitans de la parroisse de la Chapelle d'arablay annoncée au prosne et convoqüée au son de la cloche en la manière accoutumée, après que lesdits sieurs propriétaires y ont estés invités, laditte assemblée tenüe à la porte et principale entrée de laditte église issue de la messe parroissialle ditte chantée et célébrée en laditte église, par devant moy Pierre Joseph Vaudremer notaire royal au Chatellet de Melun, résident à Nangis en Brie soussigné, et en présence des témoins cy après nommés...." 25 août 1754 Minutes du notaire Vaudremer 188 E 62 |
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"... au devant de la porte et principalle entrée de l'église parroissialle dudit lieu..." Les réunions avaient donc lieu, non dans l'église que le curé réservait aux offices, mais au devant de la porte principale. A la Chapelle Rablais, la base du clocher ne formait qu'un petit porche qui avait pu procurer un abri aux paroissiens. Mais fort réduit! Imagine-t'on, sans ce petit espace, une assemblée qui pouvait être interminable et houleuse "Ladite assembléé ... à duréé environ trois heures.. Il y à eu beaucoup de difficulté." notait le curé à propos de celle du 6 janvier 1754, en plein hiver, à laquelle assistèrent quarante cinq habitants, sans compter deux témoins extérieurs à la paroisse (deux huissiers de Nangis, ce jour-là), le notaire et probablement deux clercs rédigeant la grosse et la minute de l'acte qui devaient être signées à l'issue de la réunion... Les habitants de la Chapelle Rablais avaient
souhaité l'extension de l'espace devant la porte par la construction
d'un véritable porche. "...le consentement des habitans à
l'effet de faire reconstruire un porche au devant de la principalle porte
de ladite église sur les fondemens anciens... les propriétaires
ont constament refusé la reconstruction du porche..." Note
du curé |
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Porche de l'église proche de Bombon |
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