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La Chapelle Rablais |
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En parcourant les registres du notaire Vaudremer
à Nangis 1748/1769, entre des baux à loyers, des cessions
de rente et autres inventaires, je suis tombé sur un, puis plusieurs,
actes de "fournissement" d'homme vivant et mourant. |
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"Assemblée des habitans de Fontenailles contenant fournissement d'homme vivant et mourant à Madame de Boisboudran". Transaction des plus mystérieuses et qui m'était totalement inconnue au point que je crus lire "homme vivant et mouvant", m'étant fait piéger par cette graphie du XVIII° siècle où le R et le V étaient aussi proches que le U pouvait l'être du V, où le 5 imitait furieusement le 4, et où le R majuscule ressemblait à tout sauf à un R, au point que j'ai dû tricher pour élaborer le "Chapelle Rablais" de la page d'accueil et du logo, devant redessiner un R lisible pour des yeux du XXI° siècle. Que l'on m'excuse pour la confusion mourant/mouvant, je n'ai pas fait l'école des Chartes, et quelquefois, je suis obligé de croiser les sources, quand c'est possible, pour proposer avec certitude certains noms de famille. A ma décharge, je ne suis pas le seul à tomber dans le piège des graphies anciennes : les Archives départementales hésitent entre Pierre Joseph Vaudremer et Pierre Joseph Vandremer, c'est sous cette forme qu'il figure dans le Dictionnaire des notaires. |
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Séverin Canal, qui avait
fait les Chartes, "archiviste des Deux-Sèvres
en 1909, géra ensuite les dépôts de Seine et Marne, de
Tarn et Garonne et finalement de la Loire Atlantique"
découvrit avant moi les notes du curé dans le registre paroissial
1752/1759 (et dont j'eus connaissance de ses écrits, bien après
avoir retranscrit lesdites notes), il lit bien Vaudremer, mais déchiffre
"Thirault" à la place de "Thivault".
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Bien sûr, je m'étais fait
aussi piéger, mais, en cherchant des renseignements sur l'architecte
"Thirault", j'ai découvert qu'il s'appelait Thivault
ou Thiveau, descendant d'une lignée de maçons à Moret.
J'ai utilisé Internet qui n'était évidemment pas
à la disposition de l'archiviste vers 1930.
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Nombreux sont les actes mentionnant des présentations d'hommes vivants et mourants dans le répertoire de ce notaire, couvrant à peu près le canton de Nangis : juin 1749 assemblée des habitans de Fontenailles fournissement d'homme vivant et mourant à madame de Bois Boudran // juillet 1749 acte homme vivant et mourant et dénombrement par les religieux de Marcoussy à M. Pierre Grassin // avril 1755 présentation homme vivant et mourant par l'église de Valjouan à M. de Guerchy // octobre 1760 assemblée des habitans de Nangis pour un homme vivant et mourant à la Seigneurie de Nangis // mars 1761 Présentation d'homme vivant et mourant de l'église de Rampillon à la seigneurie de Nangis // juin 1764 homme vivant et mourant pour la dixme Rouard // juin 1764 homme vivant et mourant pour la paroisse de Grandpuis // septembre 1767 homme vivant et mourant de la dixme Rouard, Mr de Chantemerle curé // décembre 1771 foy et hommage et fournissement d'homme vivant et mourant par les marguilliers de Grandpuis à M. le comte de Bethizy // février 1773 foy et hommage et fournissement d'homme vivant et mourant pour Closfontaine au marquisat de Nangis // janvier 1774 présentation d'homme vivant et mourant par les religieuses de Tresnel à M. le marquis de Nangis // février 17854 présentation d'homme vivant et mourant par la fabrique de Fontains à M. le marquis de Guerchy // 11 avril 1786 homme vivant et mourant par l'église de Grandpuis à MM. de Saint Denis et des actes concernant la Chapelle Rablais que nous découvrirons plus loin. Répertoire des notaires Nangis I : 188 E 3 et 188 E 4 / Pierre Joseph Vaudremer : 08/08/1748 - 30/12/1769 |
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L'assemblée des habitants d'une paroisse présentait le plus souvent l'homme vivant et mourant au seigneur du lieu, la dame de Bois Boudran à Fontenailles, le marquis de Guerchy, seigneur de Nangis et autres lieux... ou à une congrégation, comme l'abbaye de St Denis pour Grandpuits.
Il ne faut pas oublier que, comme l'aurait précisé M. de la Palice, avant la Révolution, on vivait encore sous l'Ancien Régime, avec un ou plusieurs seigneurs par paroisse et bien des survivances qu'on aurait pensées éteintes avec le Moyen-Age. Imagine-t'on, deux ans seulement avant la Révolution française, deux bourgeois de Paris, oculistes royaux, prêter serment au marquis de Nangis, par un acte d'inféodation ?
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"Lequel a par ces présentes inféodé avec toute garantie en faveur de maître Henry de Grandjean, Chevalier de l'ordre du Roy et du Saint Empire Romain, Seigneur de Haute Borne, chirurgien oculiste du Roi et de la famille royale du Collège royal de Chirurgie, conseiller intime de Son Altesse le Prince Evêque de Liège, et de Maître Guillaume de Grandjean chevalier du Saint Empire Romain, chirurgien oculiste du Roi et de la famille royale, conseiller intime de Son Altesse le Prince Evêque de Liège demeurant ensemble rüe Galande paroisse Saint Etienne du Mont, tous deux frères, à ce présent et acceptans acquéreur pour eux, leur héritiers et ayans cause...."
" La présente inféodation
et concession de chapelle est faite à la charge par M. S. de Grandjean,
de tenir le tout avec droit de moyenne et basse justice, en fief relevant
du Marquisat de Nangis et outre moyennant la somme de six cent livres francs
denier audit seigneur marquis de Guerchy..." Henry de Grandjean était qualifié de "Seigneur de Haute Borne" car il avait acquis les terres du lieu-dit la Haute Borne, à la Chapelle Rablais, fief sans maison ni habitant, simple lieu-dit, dont le nom, comme celui de la Pierre du Compas, évoque la trace d'un passé oublié. Quoiqu'il en soit, la justice du seigneur de Haute Borne ne devait s'étendre que sur deux taupes et trois lapins. Il n'empêche qu'il s'agit d'un acte d'hommage, de vassal à suzerain, comme il pouvait se pratiquer au Moyen-Age. Notons aussi qu'il était question d'une redevance...
Comme pour l'acte d'inféodation,
la présentation d'homme vivant et mourant marquait la déférence
au seigneur, laïc ou religieux, et comportait un côté financier.
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Etait-ce si différent en 1292 quand
Gautier Cornu, seigneur de la Chapelle de Erabloy (Chapelle Rablais) et autres
lieux fit rédiger le rôle de ses vassaux, tant petits nobles
que paysans, avec leurs dus en sols, deniers et pougeoises, sans oublier les
apports en nature : "En lan de grace mil c iiiiXX
et xii. Ce sunt li cens communs que len doit à mon seigneur labé
do Sainte Colube et à mon seigneur Gautier le Cornu qui sont receuz
à La Chapele de Erabloy... Gilote La Margouillie, VI d. et une pougeoise...
Ce sunt li cens de Noel au Rue: X s. vi d. III mineaus auene et les deus parz
dun bichet, III chapons et les deus parz dun chapon..." |
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Paiements en argent et produits de la ferme qui n'avaient pas disparu au fil des siècles puisqu'on trouvait encore : "205 francs, deux paires de chapons, deux paires de poulets, un cent d'oeufs, 5 boisseaux d'avoine, 10 livres de porc frais à la St Martin; 205 francs à Pâques." Il s'agissait alors du prix d'un fermage... Extrait du Journal de mon avoir d' Antoine Fare Huvier 1755/1836
Mais, pour ces "cens" prélevés chaque année, il n'était nul besoin d'un homme vivant et mourant ...
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Au décès d'un tenancier de terres relevant d'un seigneur, ses héritiers devaient renouveler par un "aveu" leurs liens auprès du "suzerain"; au XVIII° siècle, simple acte notarié ayant succédé à "l'acte de foi et hommage". Les "Terriers" en gardent la trace : "Livre, papier terrier ou terrier. Registre contenant la description des terres et censives dépendant d'un seigneur, qui devait en principe être renouvelé tous les vingt ou trente ans et dont l'existence fut supprimée par une loi de mars 1790. Chaque seigneurerie possédait des registres nommés terriers, dans lesquels, de siècle en siècle, on indiquait les limites des fiefs et des censives, les redevances dues, les services à rendre, les usages locaux." Définition site CNRTL |
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Dans le terrier de la seigneurie de la Borde lez Montils (les Moyeux) en 1650 : " ...Claudine Ricard, pour cinq travées de masures appelées la Ricarderie; Jacquette du Rouvre; Jacques Léfèbure; l'église de la Chapelle Darablay" ; dans celui du marquisat de Nangis 1722/1736 : "comprenant les seigneuries de la Chapelle Rablais et du Châtel appartenant à messire Louis Armand de Brichanteau, marquis de Nangis... Catherine Tartaise, veuve de Nicolas de Bault, en son vivant sellier à Fontainebleau, Isaac Bothereau, marchand épicier à Paris, rue Jean-de-l'Epine... Simon Savart, marchand et Jean Gaveau, berger, marguilliers en charge de l'église et de la fabrique de la Chapelle Rablais..." AD 77 E10 & E950 Parmi des propriétaires dont on retrouvera les noms dans les assemblées d'habitants (ils seront presque toujours absents, ne résidant pas dans la paroisse), on trouve mention de l'église de la Chapelle Rablais, qui était, aussi redevable du cens annuel au seigneur : "La fabrique doit audit Seigneur aussy annuellement 2 livres 6 sols 2 deniers." notait aussi le curé Huvier. |
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Deux termes sont employés, marguillier et Fabrique, que l'on a bien oubliés depuis un ou deux siècles, mais qui étaient dans le langage courant de l'époque, tout comme calvarnier, dixmeur ou scieur d'aix. Fabrique: que l'on n'imagine pas l'église transformée en
manufacture, la Fabrique était la structure qui gérait
les biens de l'église, et le marguillier "Celuy qui a l'administration
des affaires temporelles d'une Eglise, d'une Parroisse, qui a soin de
la fabrique de l'oeuvre... Les Marguillers vont les premiers à
l'offrande, à la Procession, & représentent tout le
corps des Paroissiens" La Fabrique de la Chapelle Rablais était gérée par deux marguilliers, choisis "en l'assemblée généralle des habitans de la parroisse de la Chapelle d'arablay tenüe au devant de la porte et principalle entrée de l'église parroissialle dudit lieu issüe de la messe de parroisse ditte chantée et célébrée en laditte église annoncée et convoqüée au son de la cloche en la manière accoutumée".
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"Le terme "Fabrique" renvoie d'abord à la contruction du bâtiment religieux et aux compétences du maître d'oeuvre. Assez vite, il désigne la communauté des fidèles chargée d'assurer l'entretien intérieur des églises paroissiales et de la sacristie, ainsi que de procurer aux desservants les ornements sacerdotaux, le luminaire, le pain et le vin de messe." Revue Nos ancêtres, vie & métiers n° 65 Le 17 novembre 1793, la Fabrique de la
Chapelle Rablais rend ses comptes, présentés par Jean Tancelin,
marguillier en charge et cependant ne sachant ni lire, ni écrire (d'où
peut être les frais de cinq livres "pour
l'établissement du présent compte". Y sont détaillées
les dépenses, cette année-là, ne concernant que les charges
courantes : |
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Le budget de la Fabrique était alors confortable et excédentaire, permettant quelques extras comme l'entretien de deux chantres qui, s'ils n'étaient pas rétribués, étaient choyés: "repas suivant la coutume pour les Rogations et St Marc", "une paire de souilliers suivant la coutume"... Quand les terres relevant du clergé auront été confisquées et vendues, le budget de la Fabrique sera en déficit et divisé par dix. Les recettes ne s'élèveront plus qu'à 72 francs en 1845 : 20 F pour la concession de bancs ou de chapelles, 40 provenant des produits des quêtes et des troncs, 5 F pour le produit de la cire des enterrements et services et 7 F pour sonneries et tentures. On est bien loin du budget du siècle précédent : "La recette généralle du présent compte se montent à la somme de neuf cent vingt trois livres trois sol trois deniers, la dépense se montent à huit cent vingt neuf livres un sol." |
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En 1793, une dizaine de livres provenaient
des quêtes, une quinzaine de la location des bancs du choeur, des rentes
auprès de particuliers rapportaient une dizaine de livres, et un peu
moins de cent livres d'un excédent de recettes de l'année passée.
Près de 90% des recettes provenaient de la location des terres possédées
par l'église, gérées par les marguilliers dans le cadre
de la Fabrique.
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