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Etienne Fare Charles Huvier/26
curé de la Chapelle Rablais 1752/1759
Un nouveau maître d'école/1

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Le dossier le plus important qu'eut à gérer le nouveau curé dans les premiers mois qui suivirent son arrivée à la Chapelle Rablais en 1752 fut celui de l'embauche d'un nouveau maître d'école.
L'enseignement aux enfants n'était qu'une facette de l'emploi proposé, puisqu'il incombait au nouveau maître, en plus de l'apprentissage de la lecture, de l'écriture, du calcul, du catéchisme, d'assister le curé lors des cérémonies, des mariages, des inhumations, d'occuper les fonctions de clerc paroissial, mais aussi de nettoyer l'église deux fois par mois et avant les fêtes, de sonner les cloches pour l'angélus et autres occasions et de creuser les tombes à défaut d'un fossoyeur. Ajoutons à cela qu'il lui fallait trouver le temps d'assurer sa subsistance en cultivant un lopin de terre et en soignant deux vaches.

 


A noter qu'un siècle plus tard, le Conseil municipal de Cerneux exigera de son nouveau maître d'école des activités presqu'identiques : en plus de la classe, il lui fallait sonner l'angélus, remplir les fonctions de clerc paroissial "autant qu'il le sera agréable au prêtre desservant la paroisse avec l'obligation de tenir l'église dans un état de propreté et de soigner les ornemens", de seconder le curé pour les mariages et les inhumations, et même de faire office de géomètre pour effectuer "un mesurage ou vérification de mesure de terres, prés ou bois... et lever une contestation avec les tenanciers."
Monographie de l'instituteur 1889 Firmin Alexandre Pelletier 30 Z 58 & Cerneux administration générale de la commune 335 Edt 1

Doc : embauche d'un maître d'école à Cerneux en 1842

Les diverses attributions d'un maître d'école au XVIII° siècle ont été longuement évoquées à propos de la famille Pilliot, quand Etienne Huvier était vicaire de Marolles en Brie. C'est pourquoi je me contenterai de ne signaler, dans cette page, que les particularités de l'embauche du maître d'école de la Chapelle Rablais en 1752.

Une lignée de maître d'école à Marolles, les Pilliot, quatre pages

 

 

Le 16 juillet 1752, à la Chapelle Rablais, l'assemblée des habitants, présidée par le curé Huvier, établit une liste de ce qui était demandé au postulant: (certaines lacunes ont été complétées pour améliorer la compréhension)

"1° de faire l'ecolle aux enfans le lendemain de la commémoration des morts jusq'au premier juilliet même depuis le mois d'octobre jusq'au premier d'aoust s'il se présente des enfans en assez grand nombre y donner une occupation suffissante .

2° D'etre assidu à tous les offices des dimanches et les fêtes, de chanter lesdits offices et les obits hauts, de se présenter à l'église les jours ouvrables pour sonner et répondre les messes, d'accompagner Mr le Curé ou les autres prêtres par luy délégués dans l'administration des sacremens et visitte des malades.

4° De Sonner langelus trois fois le jour, le matin, à midy et le soir; sçavoir en été le matin à quatre heures et le soir à huit heures; dans l'hyver depuis le premier octobre jusqu'à Pâques à six heures le matin et le soir à sept heures.

5° De Sonner le jour et la nuinct lorsqu'il tonne, (quand même il n'auroit pas la charge de sonneur) environ pendant l'espace d'une demie heure, amoins qu'il ne se présente quelqu'un pour luy aider à sonner, auquel cas il sera obligé de sonner et faire sonner autant de temps qu'il sera nècessaire, sans neanmoins qu'il soit dans l'obligation de faire aucun dèboursé à cet à l'exception de la quête qu'on est dans l'usage de faire, laquelle quête il partagera suivant ... ceux qu'il aura choisi pour luy aider.

6°... de ballayer l'église au moins deux fois le mois et les veilles des grandes fêtes. "


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Ci-dessus, dans "les instituteurs", numéro spécial de l'Assiette au Beurre du 20 juin 1903, les humoristes ont mis en parallèle les tâches d'un maître de l'ancien régime et celles d'un insituteur du début XX° siècle, pas mieux payé, pas mieux considéré. L'éternel maître Jacques :
Hier. Sonneur de cloches, bedeau, chantre au lutrin, fossoyeur parfois etc. L'instituteur avait le temps de tout faire hormis d'apprendre à ses élèves à lire, à écrire et à calculer.
Aujourd'hui (1903) Avec le secrétariat de la Mairie, les oeuvres post-scolaires, cours d'adultes, conférences populaires, l'enseignement anti-alcoolique, anti-tuberculeux, contre l'abus du tabac, les caisses d'épargne scolaires, les sociétés scolaires de mutualité, la fondation des Amicales d'anciens élèves, l'organisation et la direction de leurs réunions du dimanche, la surveillance des patronages du jeudi etc. l'insituteur doit avoir le temps de tout faire.

 


Attardons-nous un peu sur la cinquième tâche demandée au maître d'école, clerc paroissial, balayeur, chantre etc... celle de sonneur. En plus d'être chargé de rythmer les journées au moment des angélus, il lui fallait "sonner le jour et la nuinct lorsqu'il tonne, (quand même il n'auroit pas la charge de sonneur) environ pendant l'espace d'une demie heure".

Le son puissant des cloches était censé ébranler l'air jusqu'à atteindre les nuages d'orage, comme le canon à grêle, à l'efficacité contestée, pour chasser la foudre. Des inscriptions sur des cloches montrent qu'elles étaient destinées à commander aux éléments déchaînés : "fulgura pello, fulgura frango, "fulgura compello, nimbum fugo, impetusque tempestatum pello"

Plus encore, une cloche fondue dans la deuxième moitié du XIX° siècle porte encore la mention "daemones fugo", je fais fuir les démons, car ...
"Les démons habitent l'air. Ils sont responsables de la propagation des pestes et des épizooties. Ils suscitent les invasions d'insectes, fomentent les orages, provoquent les inondations, produisent les gelées. Surtout, par leur présence aérienne, ils empêchent de prier.
Or, les démons ont le son des cloches en horreur; à sa seule audition, ils laissent tomber les sorcières sur les chemins du sabbat, puis ils s'enfuient. Les cloches ont donc bien le pouvoir de chasser le tonnerre les orages, les tempêtes et de purifier l'air de toute présence infernale. "
Alain Corbin Le cloche de la terre

Doc: extraits des Cloches de la terre d'Alain Corbin

 

Etienne Fare Charles Huvier avait compris que, pour attirer un maître qui ne partirait pas au bout de la première année, il fallait lui proposer des conditions avantageuses. S'il pouvait proposer des candidats, il n'était pas du ressort du curé d'en fixer les émoluments qui seraient payés par la collectivité. C'est pourquoi Etienne Huvier convoqua plusieurs assemblées d'habitants avant d'installer un nouveau maître d'école : "Les habitans de cette paroisse qui depuis un temps très considérable étoient privés d'education faute d'avoir ... maître d'ecolles, après bien des difficultés se sont enfin déterminés à faire l'acte de delliberation inscrit sur la septieme et autres pages suivantes du présent registre." (Le registre des délibérations des assemblées de 1752 n'a pas été conservé, et on n'en trouve pas minute chez un notaire car on s'était dispensé d'un tabellion, mais le curé Huvier avait fait une copie des actes, datée du 25 janvier 1753, dans les pages vierges du registre paroissial).

Plusieurs assemblées furent nécessaires, à partir du 26 juillet 1752, avant que les paroissiens s'accordent sur la rétribution du maître et que des candidats leur soient présentés. Certaines réunions furent houleuses, d'autres se terminèrent dans l'enthousiame, s'il faut en croire leur relation par le curé Huvier : "Dans le commencement de l'assembléé on parroissoit avoir de la peine à se déterminer à donner un Bichet et vingt sols, et [à la fin] c'étoit  à qui donneroit le plus."

Il était prévu que tous les foyers de la paroisse participent au salaire. "Chaque laboureur en l'étendue de ladite paroisse donnera par chacune charue anuelement à un m.tre d'écolle trois quarts de bled froment". Les manouvriers, ne disposant pas de surplus de céréales, s'engageaient à verser une petite somme d'argent, vingt cinq sols par an et par famille; blé ou monnaie à verser pour la Saint Rémy, le premier octobre.

Le 29 octobre 1752, eut lieu une assemblée houleuse où "Antoine Rondinet mon voisin, homme prudent et sage... s'opposat au nom de tous les manouvriers. nous consentirons, disoit-il, à donner vingt cinq sols, pourveu que les laboureurs donnent par charue trois quarts de bled, c'est à dire un Bichet et demie mesure de nangis."
Le bichet était déjà utilisé au Moyen Age à la Chapelle Rablais: "Ce sunt li cens de Noel au Rue: X s. vi d. III mineaus auene et les deus parz dun bichet, III chapons et les deus parz dun chapon..." 1292 Notes sur les Cornu AD77 Az 5329

A noter que le cas de certains habitants n'est pas mentionné, comme sur d'autres contrats : à Cerneux en 1785 : "Plus par ceux qui exerce métier (artisans) vingt sols; Plus luy sera payé par chaque veuve cinq sols" A Villeneuve les Bordes en 1790 : "les femmes veuves dix sous par an, et dans le cas où lesdits particuliers viendraient à quitter la paroisse ou bien à mourir, ceux qui les remplaceraient dans leurs biens payeront les mêmes sommes auxquelles étaient imposés les absents ou morts "

Voir le salaire de Louis Pilliot à Marolles, 18° page du dossier

"Non compris les salaires de chaque mois pour l'instruction des enfans" payés par les familles des enfants scolarisés. Le tarif de l'écolage n'était pas mentionné. Les contrats des maîtres d'école de Cerneux et de Villeneuve les Bordes le précisaient : "Plus pour la rétribution des enfans qui iront à l'école cinq sols par mois; pour lesdits enfans qui apprendront à lire à écrire et à calculé dix sols." "six sous par mois pour ceux qui écriront et quinze sous pour ceux qui apprendront l'arithmétique."

Doc : un maître d'école à Cerneux 1785
Doc : un maître d'école à Villeneuve les Bordes 1790

L'assemblée proposait aussi d'exempter le maître de l'impôt de la taille, réparti entre tous les foyers de la commune : "Q'autant qu'il est en notre pouvoir nous consentons par le présent acte de delliberation qu'il ne soit point imposé à la taille pour sa cotte personnelle" Dans le rôle de taille et capitation de l'élection de Provins, en 1760, si les curés et les châtelains étaient dispensés, les maîtres d'école de toutes les paroisses (dont Cerneux) étaient cotés d'office pour trois livres. (J'ai cherché en vain le rôle de la Chapelle Rablais.) AD77 41 C 34

 

"Il est quasiment impossible de vivre uniquement du métier d'enseignant et d'assurer une vie de famille." Nos ancêtres vie et métier n°19
Le maître fut autorisé à ajouter à toutes ces activités, celle d'agriculteur : "qu'il puisse avoir deux vaches et faire par saison quatre arpents de terre soit qu'il les ait en propre, à loyer ou autre."
Par contre, on lui interdisait
"de pouvoir entreprendre une moisson même dans l'étendue de ladite paroisse, et s'absenter pour tel temps et tel motif que ce puisse être sans la permission de Mr le Curé." On a vu, dans la famille Pilliot que les enfants revenaient à Marolles pour les moissons, même Louis François Sylvain, maître d'école à Bezalles: "Ce cher enfant venait tous les ans nous aider à couper nos blés et les rentrer."
Les congés, non payés, d'un autre enfant mis en apprentissage donnent une idée de la durée de l'absence :
"il aura ses deux moissons et il refera du tems pour cela...  Jude est revenu en aoust le jeudy 24 juillet au gite et il a retourné chez son maitre le lundy 1. septembre 1783. Jude est venu en aoust le lundy 26 juillet 1784. Jude a retourné chez son maitre de la moisson le 10 septembre 1784."
Citations : journal de Louis Pilliot AD77 279 J 2

 

 

 

Le maître devait trouver une maison pour son logement, et y accueillir les élèves car la communauté ne disposait d'aucun autre local que l'église, que le curé réservait au service religieux : "... se loger à ses frais et dépens... et pour luy faciliter le loyer du payement de la maison nous consentons aussy qu'il jouisse de l'herbe et des fruicts qui peuvent croître dans le cimetière, à condition néamoins que s'il n'a pas à exercer les fonctions de sonneur et de fossoyeur il sera tenu de partager laditte herbe fruicts avec celuy qui aura la charge se sonner et de fossoyer." A Marolles, les maîtres Pilliot accueillaient les élèves à leur domicile, puis, quand l'effectif fut trop important, dans un bâtiment leur appartenant et ce, jusqu'en 1841.

Doc : texte intégral des délibérations pour un nouveau maître d'école à la Chapelle Rablais en 1752

 

 

A la page suivante, nous découvrirons les candidats présentés par le curé Huvier, provanant de paroisses qu'il connaissait bien, les mésaventures du premier, la sélection du second...